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Posté le 23/11/2025 à 19:47 |
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"la poésie est le cœur d'un monde sans cœur, un antidote au bruit et à la fureur une fête de la langue qui, à l'heure du verbiage universel, peut seule encore tenir parole. Propager la poésie, c'est contester l'assimilation du populaire au vulgaire. Rendre la poésie populaire, la plus distinguée poésie, c'est venger le peuple de la vulgarité à quoi on le réduit, par le partage de la distinction. Tout poème est un concentré d'humanité, qui révèle à chacun son altérité, c'est-à-dire son affinité avec l'autre et l'arrachant ainsi à sa petite identité personnelle de circonstance, le relie. On rêve d'une minute de silence universel où le monde se tiendrait soudain immobile et muet, les yeux clos, attentif au seul respir du vent dans les arbres, au chuchotement clair d'un ruisseau, au déploiement d'une herbe dans la lumière, à l'unanime pulsation du sang dans les cœurs, une minute pour que le monde reprenne conscience et se réajuste à la seule réalité qui vaille, le pur sentiment d'exister un et multiple, entre deux néants, sur la terre perdue dans les cieux innombrables." ( Jean pierre Siméon )
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Posté le 24/11/2025 à 10:38 |
| Certains me diront qu’aujourd’hui, la poésie est désuète, simple, et naïve. Je peux les comprendre, mais je pense que c'est justement en cette période on ne peut plus trouble ( et c'est un euphémisme ) que nous en avons le plus besoin. Écrire ou entendre la poésie, c'est comme disposer d'une autre vision du monde. Soudain, grâce à elle, nous ne voyons plus les choses de la même manière. Elle permet, d'après Christilla Pellé Douël, journaliste et psychologue, "de recréer, de repenser le monde, en renouvelant sans cesse ses propres sensations au contact des autres" Modifié par LECHE le 24/11/2025 16:34 |
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Posté le 24/11/2025 à 11:02 |
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Quand je sens, certains soirs, ma vie qui s'effiloche Et qu'un vol de vautours s'agite autour de moi, Pour garder mon sang froid, je tâte dans ma poche Un caillou ramassé dans la Vallée des Rois. Si je mourrais demain, j'aurais dans la mémoire L'impeccable dessin d'un sarcophage d'or Et pour m'accompagner au long des rives noires Le sourire éclatant des enfants de Louxor. À l'intérieur de soi, je sais qu'il faut descendre À pas lents, dans le noir et sans lâcher le fil, Calme et silencieux, sans chercher à comprendre, Au rythme des bateaux qui glissent sur le Nil, C'est vrai, la vie n'est rien, le songe est trop rapide, On s'aime, on se déchire, on se montre les dents, J'aurais aimé pourtant bâtir ma Pyramide Et que tous mes amis puissent dormir dedans. Combien de papyrus enroulés dans ma tête Ne verront pas le jour... ou seront oubliés Aussi vite que moi?... Ma légende s'apprête, Je suis comme un désert qu'on aurait mal fouillé. Si je mourais demain, je n'aurais plus la crainte Ni du bec du vautour ni de l'oeil du cobra. Ils ont régné sur tant de dynasties éteintes... Et le temps, comme un fleuve, à la force des bras... Les enfants de Louxor ont quatre millénaires, Ils dansent sur les murs et toujours de profil, Mais savent sans effort se dégager des pierres À l'heure où le soleil se couche sur le Nil. Je pense m'en aller sans que nul ne remarque Ni le bien ni le mal que l'on dira de moi Mais je déposerai tout au fond de ma barque Le caillou ramassé dans la Vallée des Rois.
Bernard Dimey ( la vallée des Rois )
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Posté le 24/11/2025 à 11:22 |
| La Nuit
sublime poème de Bernard Dimey |
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Posté le 24/11/2025 à 16:18 |
| Poème de Paul Eluard qui fait référence aux Femmes tondues après guerre
Comprenne qui voudra Moi mon remords ce fut La malheureuse qui resta Sur le pavé La victime raisonnable À la robe déchirée Au regard d’enfant perdue Découronnée défigurée Celle qui ressemble aux morts Qui sont morts pour être aimés
Une fille faite pour un bouquet Et couverte Du noir crachat des ténèbres
Une fille galante Comme une aurore de premier mai La plus aimable bête
Souillée et qui n’a pas compris Qu’elle est souillée Une bête prise au piège Des amateurs de beauté
Et ma mère la femme Voudrait bien dorloter Cette image idéale De son malheur sur terre.
PS: Dans un contexte tout à fait différent, ce poème fut repris en partie par Georges Pompidou lors d'une conférence de presse où un journaliste lui posa une question sur l'affaire Gabrielle Russier une professeure condamnée pour une liaison avec un de ses élèves mineur et qui se suicida
ICI
Modifié par LECHE le 24/11/2025 16:22 |
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Posté le 24/11/2025 à 16:40 |
| Bernard Dimey : Je ne dirai pas tout, texte d'une grande lucidité empreint de poésie
ICI |
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Posté le 24/11/2025 à 16:57 |
| Larmes ! Larmes ! Larmes ! Dans la solitude de la nuit, les larmes, Qui coulent sur le sable blanc, qui coulent et qui sont bues par le sable blanc, Les larmes, pas une étoile au ciel, désert nocturne, Les larmes coulant humides des yeux d’une tête voilée ; Mais qui est ce fantôme ? Cette forme obscure en larmes ? Cette masse informe cassée, abattue, là sur le sable, qui est-elle ? Ruisseau des larmes, des sanglots hoquets d’une bouche gonflée de cris de folie, Ouragan levé en corps, galopant à foulées amples sur la plage ! Sauvage, abominable vent ouragan de la nuit – qui craches le désespoir ! Ombre si passive, si plaisante dans le jour, d’allure si composée, si réglée, Qui s’envole, la nuit, nul qui la voit – Ah ce déchaînement d’océan des vagues, Larmes ! Larmes ! Larmes !
Walt Whitman |
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Posté le 24/11/2025 à 18:28 |
| Un magnifique poème de Marceline Desbordes-Valmore qui a été repris en chanson par Julien Clerc ici
N'écris pas. Je suis triste, et je voudrais m'éteindre. Les beaux étés sans toi, c'est la nuit sans flambeau. J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre, Et frapper à mon cœur, c'est frapper au tombeau. N'écris pas !
N'écris pas. N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes, Ne demande qu'à Dieu… qu'à toi, si je t'aimais ! Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes, C'est entendre le ciel sans y monter jamais. N'écris pas !
N'écris pas. Je te crains ; j'ai peur de ma mémoire ; Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent. Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire. Une chère écriture est un portrait vivant. N'écris pas !
N'écris pas ces deux mots que je n'ose plus lire : Il semble que ta voix les répand sur mon cœur ; Que je les vois brûler à travers ton sourire ; Il semble qu'un baiser les empreint sur mon cœur. N'écris pas !
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Posté le 24/11/2025 à 18:42 |
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Il ne faudra jamais Dire tout ce qu'on a vécu ça ne regarde pas Les gens du temps qui passent Ni mes histoires de coeur Ni mes amours déçues N'avantageront Mon reflet dans la glace Je suis un enfant Qui marche à pas comptés Entre des HLM Et des fleurs en plastique Entre trois cimetières Et quatre vérités En plein coeur d'un présent
Qui va fermer boutique
Il ne faudra jamais dire Ce qu'on a compris On l'a fait par hasard Et sans aucun mérite Quand j'ai vidé ma poche Il me reste le prix De quatre roses rouges Et d'un cornet de frites Il ne faudra jamais Révéler nos secrets ça ne regarde pas Les gens qui nous regardent Ils viennent d'un pays Où plus rien n'est sacré Ils crèvent entre copains
Tant pis, que Dieu les garde Il ne faudra jamais dire Qu'on était heureux Qu'on avait du talent Qu'on était magnifiques Que d'un exploit d'huissier On savait faire du feu Et que du mal d'amour On faisait des musiques Il ne faudra jamais dire Qu'on était idiots Qu'on ne savait rien Mais qu'on vivait quand même Quand on a dégusté Sa jeunesse au boulot Avec la mort qui vient
On peut faire un poème.
(Serge Reggiani )
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Posté le 25/11/2025 à 08:39 |
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Rappelle-toi Barbara Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là Et tu marchais souriante Épanouie ravie ruisselante Sous la pluie Rappelle-toi Barbara Il pleuvait sans cesse sur Brest Et je t'ai croisée rue de Siam Tu souriais Et moi je souriais de même Rappelle-toi Barbara Toi que je ne connaissais pas Toi qui ne me connaissais pas Rappelle-toi Rappelle-toi quand même ce jour-là N'oublie pas Un homme sous un porche s'abritait Et il a crié ton nom Barbara Et tu as couru vers lui sous la pluie Ruisselante ravie épanouie Et tu t'es jetée dans ses bras Rappelle-toi cela Barbara Et ne m'en veux pas si je te tutoie Je dis tu à tous ceux que j'aime Même si je ne les ai vus qu'une seule fois Je dis tu à tous ceux qui s'aiment Même si je ne les connais pas Rappelle-toi Barbara N'oublie pas Cette pluie sage et heureuse Sur ton visage heureux Sur cette ville heureuse Cette pluie sur la mer Sur l'arsenal Sur le bateau d'Ouessant Oh Barbara Quelle connerie la guerre Qu'es-tu devenue maintenant Sous cette pluie de fer De feu d'acier de sang Et celui qui te serrait dans ses bras Amoureusement Est-il mort disparu ou bien encore vivant Oh Barbara Il pleut sans cesse sur Brest Comme il pleuvait avant Mais ce n'est plus pareil et tout est abimé C'est une pluie de deuil terrible et désolée Ce n'est même plus l'orage De fer d'acier de sang Tout simplement des nuages Qui crèvent comme des chiens Des chiens qui disparaissent Au fil de l'eau sur Brest Et vont pourrir au loin Au loin très loin de Brest Dont il ne reste rien.
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Posté le 25/11/2025 à 09:31 |
| "Sans le rêve, il n'y a pas de poésie possible. Et sans la poésie, il n'y a pas de vie supportable " ( Pasteur valléry-Radot )
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Posté le 25/11/2025 à 10:44 |
Maître astucien | C'est un poème très vieux que je tiens de ma tante.
Te souviens-tu, grand-mère,
lorsque, le soir, nous pissions
dans de vastes pots de chambre?
Hélas, les temps sont durs,
Nous en sommes réduits
À pisser sur les murs! |
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Posté le 25/11/2025 à 12:55 |
| Hello
C'est une certaine conception de la poésie à laquelle je n’adhère pas, mais pourquoi pas ?
Pisser sur les murs , Boris Vian voulait bien " aller cracher sur les tombes " |
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Posté le 25/11/2025 à 16:39 |
| Douce plage où naquit mon âme ; Et toi, savane en fleurs Que l'Océan trempe de pleurs Et le soleil de flamme ;
Douce aux ramiers, douce aux amants, Toi de qui la ramure Nous charmait d'ombre, et de murmure, Et de roucoulements ;
Où j'écoute frémir encore Un aveu tendre et fier - Tandis qu'au loin riait la mer Sur le corail sonore.
Paul Jean Toulet
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Posté le 25/11/2025 à 17:25 |
| LECHE a écrit :
Hello
C'est une certaine conception de la poésie à laquelle je n’adhère pas,
Moi non plus
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Posté le 25/11/2025 à 17:42 |
| Hello Ourson 
Aimez-vous le passé Et rêver d’histoires Évocatoires Aux contours effacés ?
Les vieilles chambres Veuves de pas Qui sentent tout bas L’iris et l’ambre ;
La pâleur des portraits, Les reliques usées Que des morts ont baisées, Chère, je voudrais
Qu’elles vous soient chères, Et vous parlent un peu D’un cœur poussiéreux Et plein de mystère.
Paul-Jean Toule
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Posté le 26/11/2025 à 07:51 |
| Considéré comme l'un des fondateurs du symbolisme, mouvement littéraire de la fin du 19ème siècle, Stéphane Mallarmé a contribué à moderniser la poésie traditionnelle
Les fenêtres
Las du triste hôpital et de l’encens fétide Qui monte en la blancheur banale des rideaux Vers le grand crucifix ennuyé du mur vide, Le moribond, parfois, redresse son vieux dos,
Se traîne et va, moins pour chauffer sa pourriture Que pour voir du soleil sur les pierres, coller Les poils blancs et les os de sa maigre figure Aux fenêtres qu’un beau rayon clair veut hâler,
Et sa bouche, fiévreuse et d’azur bleu vorace, Telle, jeune, elle alla respirer son trésor, Une peau virginale et de jadis ! encrasse D’un long baiser amer les tièdes carreaux d’or.
Ivre, il vit, oubliant l’horreur des saintes huiles, Les tisanes, l’horloge et le lit infligé, La toux ; et quand le soir saigne parmi les tuiles, Son œil, à l’horizon de lumière gorgé,
Voit des galères d’or, belles comme des cygnes, Sur un fleuve de pourpre et de parfums dormir En berçant l’éclair fauve et riche de leurs lignes Dans un grand nonchaloir chargé de souvenir !
Ainsi, pris du dégoût de l’homme à l’âme dure Vautré dans le bonheur, où ses seuls appétits Mangent, et qui s’entête à chercher cette ordure Pour l’offrir à la femme allaitant ses petits,
Je fuis et je m’accroche à toutes les croisées D’où l’on tourne le dos à la vie, et, béni, Dans leur verre, lavé d’éternelles rosées, Que dore la main chaste de l’Infini
Je me mire et me vois ange ! et je meurs, et j’aime — Que la vitre soit l’art, soit la mysticité — À renaître, portant mon rêve en diadème, Au ciel antérieur où fleurit la Beauté !
Mais, hélas ! Ici-bas est maître : sa hantise Vient m’écœurer parfois jusqu’en cet abri sûr, Et le vomissement impur de la Bêtise Me force à me boucher le nez devant l’azur.
Est-il moyen, ô Moi qui connais l’amertume, D’enfoncer le cristal par le monstre insulté, Et de m’enfuir, avec mes deux ailes sans plume — Au risque de tomber pendant l’éternité ?
Stéphane Mallarmé
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Posté le 26/11/2025 à 07:59 |
| Offrande
Au creux d’un coquillage Que vienne l’heure claire Je cueillerai la mer Et je te l’offrirai.
Y dansera le ciel Que vienne l’heure belle. Y dansera le ciel Et un vol d’hirondelle Et un bout de nuage Confondant les images En l’aurore nouvelle Dans un reflet moiré Dans un peu de marée Dans un rien de mirage Au fond d’un coquillage.
Et te les offrirai.
Esther Granek
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Posté le 26/11/2025 à 13:07 |
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Ophélie
Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles La blanche Ophélia flotte comme un grand lys, Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles... - On entend dans les bois lointains des hallalis.
Voici plus de mille ans que la triste Ophélie Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir. Voici plus de mille ans que sa douce folie Murmure sa romance à la brise du soir.
Le vent baise ses seins et déploie en corolle Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ; Les saules frissonnants pleurent sur son épaule, Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.
Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ; Elle éveille parfois, dans un aune qui dort, Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile : - Un chant mystérieux tombe des astres d'or.
Ô pâle Ophélia ! belle comme la neige ! Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté ! - C'est que les vents tombant des grands monts de Norwège T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté ;
C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure, A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits ; Que ton coeur écoutait le chant de la Nature Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ;
C'est que la voix des mers folles, immense râle, Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ; C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle, Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !
Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle ! Tu te fondais à lui comme une neige au feu : Tes grandes visions étranglaient ta parole - Et l'Infini terrible effara ton oeil bleu !
- Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ; Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles, La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.
Arthur Rimbaud
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Posté le 26/11/2025 à 19:07 |
| Connaissez vous le haïku ? C'est une forme japonaise de poésie permettant de noter les émotions, le moment qui passe, qui émerveille ou qui étonne.
Le haïku est une image instantanée, un court instant, mais qui doit être fort en émotion et qui célèbre l'évanescence des choses et les sensations qu'elles suscitent
C'est une forme très concise, avec une structure très rigoureuse. Cette forme poétique a été reprise par des auteurs Français dès le XIX e siècle
Récemment le philosophe Michel Onfray dans un livre " avant le silence", a raconté en haïkus une épreuve et son dépassement lors du décès de sa compagne .
Bashō Matsuo, poète, peintre et moine bouddhiste, est souvent considéré comme le pionnier du haïku
voila quelques exemples de haïkus .
« Mouvements Du cœur Dans le frisson du saule. »
"Un vieil étang Une grenouille saute dans le son de l'eau"
« Papillon voltige
Dans un monde
Sans espoir. »
« L’éclat d’un ciel bleu
Et le goût de tes lèvres
Tracent mon chemin. »
« Rien ne dit
Dans le chant de la cigale
Qu’elle est près de sa fin. »
« Quand souffle le vent du nord
Les feuilles mortes
Fraternisent au sud. »
Ne dîtes surtout pas à un japonais que c'est naïf
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Posté le 27/11/2025 à 08:10 |
| Puisque tes jours ne t'ont laissé Qu'un peu de cendre dans la bouche, Avant qu'on ne tende la couche Où ton cœur dorme, enfin glacé, Retourne, comme au temps passé, Cueillir, près de la dune instable, Le lys qu'y courbe un souffle amer, - Et grave ces mots sur le sable : Le rêve de l'homme est semblable Aux illusions de la mer.
Jean Toulet
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Posté le 27/11/2025 à 14:10 |
| A quoi jouait-il cet enfant ? Personne n’en sut jamais rien On le laissait seul dans un coin Avec un peu de sable blanc
On remarquait bien, certains jours, Qu’il arquait les bras tels des ailes Et qu’il regardait loin, très loin, Comme du sommet d’une tour.
Mais où s’en allait-il ainsi Alors qu’on le croyait assis ? Lui-même le sut-il jamais ?
Dès qu’il refermait les paupières, Il regagnait le grand palais D’où il voyait toute la mer.
L’enfant de Maurice Carême
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Posté le 27/11/2025 à 16:04 |
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Deux vieux marins des mers du Nord S’en revenaient, un soir d’automne, De la Sicile et de ses îles souveraines, Avec un peuple de Sirènes, A bord.
Joyeux d’orgueil, ils regagnaient leur fiord, Parmi les brumes mensongères, Joyeux d’orgueil, ils regagnaient le Nord Sous un vent morne et monotone, Un soir de tristesse et d’automne. De la rive, les gens du port Les regardaient, sans faire un signe : Aux cordages le long des mâts, Les Sirènes, couvertes d’or, Tordaient, comme des vignes, Les lignes Sinueuses de leurs corps. Et les gens se taisaient, ne sachant pas Ce qui venait de l’océan, là-bas, A travers brumes ; Le navire voguait comme un panier d’argent Rempli de chair, de fruits et d’or bougeant Qui s’avançait, porté sur des ailes d’écume.
Les Sirènes chantaient Dans les cordages du navire, Les bras tendus en lyres, Les seins levés comme des feux ; Les Sirènes chantaient Devant le soir houleux, Qui fauchait sur la mer les lumières diurnes ; Les Sirènes chantaient, Le corps serré autour des mâts, Mais les hommes du port, frustes et taciturnes, Ne les entendaient pas.
Ils ne reconnurent ni leurs amis – Les deux marins – ni le navire de leur pays, Ni les focs, ni les voiles Dont ils avaient cousu la toile ; Ils ne comprirent rien à ce grand songe Qui enchantait la mer de ses voyages, Puisqu’il n’était pas le même mensonge Qu’on enseignait dans leur village ; Et le navire auprès du bord Passa, les alléchant vers sa merveille, Sans que personne, entre les treilles, Ne recueillît les fruits de chair et l’or.
Emile Verhaeren
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Posté le 27/11/2025 à 19:10 |
| Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Tous deux adoraient la belle (*) Prisonnière des soldats Lequel montait à l'échelle Et lequel guettait en bas Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Qu'importe comment s'appelle Cette clarté sur leur pas Que l'un fut de la chapelle Et l'autre s'y dérobât Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Tous les deux étaient fidèles Des lèvres du coeur des bras Et tous les deux disaient qu'elle Vive et qui vivra verra Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Quand les blés sont sous la grêle Fou qui fait le délicat Fou qui songe à ses querelles Au coeur du commun combat Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Du haut de la citadelle La sentinelle tira Par deux fois et l'un chancelle L'autre tombe qui mourra Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Ils sont en prison Lequel À le plus triste grabat Lequel plus que l'autre gèle Lequel préfère les rats Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Un rebelle est un rebelle Deux sanglots font un seul glas Et quand vient l'aube cruelle Passent de vie à trépas Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Répétant le nom de celle Qu'aucun des deux ne trompa Et leur sang rouge ruisselle Même couleur même éclat Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas Il coule il coule il se mêle À la terre qu'il aima Pour qu'à la saison nouvelle Mûrisse un raisin muscat Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas L'un court et l'autre a des ailes De Bretagne ou du Jura Et framboise ou mirabelle Le grillon rechantera Dites flûte ou violoncelle Le double amour qui brûla L'alouette et l'hirondelle La rose et le réséda.
Louis Aragon |
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Posté le 28/11/2025 à 08:04 |
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La mort n’est rien. Je suis simplement passé dans la pièce à côté. Je suis moi. Tu es toi. Ce que nous étions l’un pour l’autre, nous le sommes toujours.
Donne-moi le nom que tu m’as toujours donné. Parle-moi comme tu l’as toujours fait. N’emploie pas de ton différent. Ne prends pas un air solennel ou triste. Continue à rire de ces petites choses qui nous amusaient tant.
Prie, souris, pense à moi, prie pour moi. Que mon nom soit prononcé à la maison comme il l’a toujours été, sans emphase d’aucune sorte, sans trace d’ombre.
La vie signifie tout ce qu’elle a toujours signifié. Elle est ce qu’elle a toujours été. Le fil n’est pas coupé. Pourquoi serais-je hors de ta pensée parce que je suis hors de ta vue ? Je t’attends, je ne suis pas loin, juste de l’autre côté du chemin. Tu vois, tout est bien.
Henry Scott Holland
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Posté le 28/11/2025 à 10:49 |
| Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime, Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.
Car elle me comprend, et mon cœur transparent Pour elle seule, hélas! cesse d’être un problème Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême, Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.
Est-elle brune, blonde ou rousse? Je l’ignore. Son nom? Je me souviens qu’il est doux et sonore, Comme ceux des aimés que la vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues, Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a L’inflexion des voix chères qui se sont tues.
(Verlaine ) |
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Posté le 28/11/2025 à 11:04 |
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Quand quelque chose est joli si c'est de la musique c'est Mozart, quand c'est un poème c'est Verlaine.....
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 Modifié par Marie-louise le 28/11/2025 11:08 |
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Posté le 28/11/2025 à 11:12 |
| Bienvenue au cercle des poètes |
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Posté le 28/11/2025 à 11:17 |
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Combien de temps... Combien de temps encore Des années, des jours, des heures, combien ? Quand j'y pense, mon coeur bat si fort... Mon pays c'est la vie. Combien de temps... Combien ?
Je l'aime tant, le temps qui reste... Je veux rire, courir, pleurer, parler, Et voir, et croire Et boire, danser, Crier, manger, nager, bondir, désobéir J'ai pas fini, j'ai pas fini Voler, chanter, parti, repartir Souffrir, aimer Je l'aime tant le temps qui reste
Je ne sais plus où je suis né, ni quand Je sais qu'il n'y a pas longtemps... Et que mon pays c'est la vie Je sais aussi que mon père disait : Le temps c'est comme ton pain... Gardes-en pour demain...
J'ai encore du pain Encore du temps, mais combien ? Je veux jouer encore... Je veux rire des montagnes de rires, Je veux pleurer des torrents de larmes,
Je veux boire des bateaux entiers de vin De Bordeaux et d'Italie Et danser, crier, voler, nager dans tous les océans J'ai pas fini, j'ai pas fini Je veux chanter Je veux parler jusqu'à la fin de ma voix... Je l'aime tant le temps qui reste...
Combien de temps... Combien de temps encore ? Des années, des jours, des heures, combien ? Je veux des histoires, des voyages... J'ai tant de gens à voir, tant d'images.. Des enfants, des femmes, des grands hommes, Des petits hommes, des marrants, des tristes, Des très intelligents et des cons, C'est drôle, les cons ca repose, C'est comme le feuillage au milieu des roses...
Combien de temps... Combien de temps encore ? Des années, des jours, des heures, combien ? Je m'en fous mon amour... Quand l'orchestre s’arrêtera, je danserai encore... Quand les avions ne voleront plus, je volerai tout seul... Quand le temps s’arrêtera.. Je t'aimerai encore Je ne sais pas où, je ne sais pas comment... Mais je t'aimerai encore... D'accord ?
le même dit par Reggianni ( générique de fin du film 2 jours à tuer avec Dupontel )
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Posté le 28/11/2025 à 11:30 |
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Dans un autre genre j'aime aussi celui-ci.
Verlaine et Baudelaire ce n'est pas le même combat.
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Le Vin de l’Assassin
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Ma femme est morte, je suis libre !
Je puis donc boire tout mon soûl.
Lorsque je rentrais sans un sou,
Ses cris me déchiraient la fibre.
.
Autant qu’un roi je suis heureux ;
L’air est pur, le ciel admirable…
Nous avions un été semblable
Lorsque j’en devins amoureux !
.
L’horrible soif qui me déchire
Aurait besoin pour s’assouvir
D’autant de vin qu’en peut tenir
Son tombeau ; – ce n’est pas peu dire :
.
Je l’ai jetée au fond d’un puits,
Et j’ai même poussé sur elle
Tous les pavés de la margelle.
– Je l’oublierai si je le puis !
.
Au nom des serments de tendresse,
Dont rien ne peut nous délier,
Et pour nous réconcilier
Comme au beau temps de notre ivresse,
.
J’implorai d’elle un rendez-vous,
Le soir, sur une route obscure.
Elle y vint ! – folle créature !
Nous sommes tous plus ou moins fous !
.
Elle était encore jolie,
Quoique bien fatiguée ! et moi,
Je l’aimais trop ! voilà pourquoi
Je lui dis : Sors de cette vie !
.
Nul ne peut me comprendre. Un seul
Parmi ces ivrognes stupides
Songea-t-il dans ses nuits morbides
À faire du vin un linceul ?
.
Cette crapule invulnérable
Comme les machines de fer
Jamais, ni l’été ni l’hiver,
N’a connu l’amour véritable,
.
Avec ses noirs enchantements,
Son cortège infernal d’alarmes,
Ses fioles de poison, ses larmes,
Ses bruits de chaîne et d’ossements !
.
– Me voilà libre et solitaire !
Je serai ce soir ivre mort ;
Alors, sans peur et sans remord,
Je me coucherai sur la terre,
.
Et je dormirai comme un chien !
Le chariot aux lourdes roues
Chargé de pierres et de boues,
Le wagon enragé peut bien
.
Écraser ma tête coupable
Ou me couper par le milieu,
Je m’en moque comme de Dieu,
Du Diable ou de la Sainte Table !
.
Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, 1857 Modifié par Marie-louise le 28/11/2025 11:32 |
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Posté le 28/11/2025 à 12:34 |
| Là , on est loin du classicisme Mallarméen , c'est de la poésie très contemporaine . Salah Stétié mêle feu et neige, brûlure et blancheur, la neige y devient substance de l'âme
« Il y a contre mon cœur un enfant qui un peu brûle Comme un enfant de neige Sa nature est de neige et sa larme me brûle Où se défait la neige Il y a face à l’esprit une larme de neige Et sa lumière est larme
Lampe de neige larme des matinées Et précieux lit du jour Où flambe imaginairement le feu De cette femme éblouie qui brûle vive Au nom de tous à l’avancée »
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Posté le 28/11/2025 à 18:37 |
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Mes pleurs sont à moi, nul au monde Ne les a comptés ni reçus, Pas un oeil étranger qui sonde Les désespoirs que j’ai conçus
L’être qui souffre est un mystère Parmi ses frères ici-bas ; Il faut qu’il aille solitaire S’asseoir aux portes du trépas.
J’irai seule et brisant ma lyre, Souffrant mes maux sans les chanter ; Car je sentirais à les dire Plus de douleur qu’à les porter
Louise Ackermann |
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Posté le 29/11/2025 à 08:57 |
| L'Albatros
Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers, Qui suivent, indolents compagnons de voyage, Le navire glissant sur les gouffres amers.
A peine les ont-ils déposés sur les planches, Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux, Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches Comme des avirons traîner à côté d’eux.
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule ! Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid ! L’un agace son bec avec un brûle-gueule, L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !
Le Poète est semblable au prince des nuées Qui hante la tempête et se rit de l’archer ; Exilé sur le sol au milieu des huées, Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.
Charles Baudelaire
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Posté le 29/11/2025 à 09:44 |
| Liberté de Paul Eluard
Sur mes cahiers d'écolier Sur mon pupitre et les arbres Sur le sable de neige J'écris ton nom
Sur toutes les pages lues Sur toutes les pages blanches Pierre sang papier ou cendre J'écris ton nom
Sur les images dorées Sur les armes des guerriers Sur la couronne des rois J'écris ton nom
Sur la jungle et le désert Sur les nids sur les genêts Sur l'écho de mon enfance J'écris ton nom
Sur les merveilles des nuits Sur le pain blanc des journées Sur les saisons fiancées J'écris ton nom
Sur tous mes chiffons d'azur Sur l'étang soleil moisi Sur le lac lune vivante J'écris ton nom
Sur les champs sur l'horizon Sur les ailes des oiseaux Et sur le moulin des ombres J'écris ton nom
Sur chaque bouffées d'aurore Sur la mer sur les bateaux Sur la montagne démente J'écris ton nom
Sur la mousse des nuages Sur les sueurs de l'orage Sur la pluie épaisse et fade J'écris ton nom
Sur les formes scintillantes Sur les cloches des couleurs Sur la vérité physique J'écris ton nom
Sur les sentiers éveillés Sur les routes déployées Sur les places qui débordent J'écris ton nom
Sur la lampe qui s'allume Sur la lampe qui s'éteint Sur mes raisons réunies J'écris ton nom
Sur le fruit coupé en deux Du miroir et de ma chambre Sur mon lit coquille vide J'écris ton nom
Sur mon chien gourmand et tendre Sur ses oreilles dressées Sur sa patte maladroite J'écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte Sur les objets familiers Sur le flot du feu béni J'écris ton nom
Sur toute chair accordée Sur le front de mes amis Sur chaque main qui se tend J'écris ton nom
Sur la vitre des surprises Sur les lèvres attendries Bien au-dessus du silence J'écris ton nom
Sur mes refuges détruits Sur mes phares écroulés Sur les murs de mon ennui J'écris ton nom
Sur l'absence sans désir Sur la solitude nue Sur les marches de la mort J'écris ton nom
Sur la santé revenue Sur le risque disparu Sur l'espoir sans souvenir J'écris ton nom
Et par le pouvoir d'un mot Je recommence ma vie Je suis né pour te connaître Pour te nommer
Liberté
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Posté le 29/11/2025 à 10:57 |
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Posté le 29/11/2025 à 11:08 |
| Marie-louise a écrit :
Déjà l'outrage du temps, les rides........
Avec le Botox et l'acide hyaluronique les poètes n'écriraient plus cela.
ça me fait penser au songe d’Athalie de Racine
C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit. Ma mère Jézabel devant moi s'est montrée, Comme au jour de sa mort pompeusement parée. Ses malheurs n'avaient point abattu sa fierté ; Même elle avait encor cet éclat emprunté Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage, Pour réparer des ans l'irréparable outrage. « Tremble, m'a-t-elle dit, fille digne de moi. Le cruel Dieu des Juifs l'emporte aussi sur toi. Je te plains de tomber dans ses mains redoutables, Ma fille. » En achevant ces mots épouvantables, Son ombre vers mon lit a paru se baisser ; Et moi, je lui tendais les mains pour l'embrasser. Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange D'os et de chairs meurtris et traînés dans la fange, Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux Que des chiens dévorants se disputaient entre eux. Modifié par LECHE le 29/11/2025 11:09 |
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Posté le 29/11/2025 à 12:01 |
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Posté le 29/11/2025 à 12:44 |
| Le désespoir est assis sur un banc de Jacques Prévert
Dans un square sur un banc Il y a un homme qui vous appelle quand on passe Il a des binocles un vieux costumes gris Il fume un petit ninas il est assis Et il vous appelle quand on passe Ou simplement il vous fait signe Il ne faut pas le regarder Il ne faut pas l'écouter Il faut passer Faire comme si on ne le voyais pas Comme si on ne l'entendais pas Il faut passer presser le pas Si vous le regardez Si vous l'écoutez Il vous fait signe et rien ni personne Ne peut vous empêcher d'aller vous asseoir près de lui Alors il vous regarde et sourit Et vous souffrez atrocement Et l'homme continue de sourire Et vous souriez du même sourire Exactement Plus vous souriez plus vous souffrez Atrocement Plus vous souffrez plus vous souriez Irrémédiablement Et vous restez là Assis figé Souriant sur le banc Des enfants jouent tout près de vous Des passants passent Tranquillement Des oiseaux s'envolent Quittant un arbre Pour un autre Et vous restez là Sur le banc Et vous savez vous savez Que jamais plus vous ne jouerez Comme ces enfants Vous savez que jamais plus vous ne passerez Tranquillement Comme ces passants Que jamais plus vous ne vous envolerez Quittant un arbre pour un autre Comme ces oiseaux.
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Posté le 30/11/2025 à 12:15 |
| Le Haïku ou l'évanescence des choses. Le haïku, c’est le dernier verbe juste avant le mutisme.
J'en ai déjà parlé ICI
mais je voudrais revenir sur certains points de cette forme de poésie qui s'apparente plus à une philosophie du ZEN.
Le philosophe Michel Onfray a raconté en haïkus une épreuve et son dépassement lors du décès de sa compagne . Dans son livre "avant le silence", il a capté des instants, il n'a pas eu besoin de narration, d'arguments, il a préféré par une image brève laisser l'esprit du lecteur prolonger l'émotion, plutôt que lui imposer un sentiment expliqué. J'ai connu le Haïku tard dans ma vie, imprégné par la poésie occidentale, celle de Rimbaud, Baudelaire, Nerval, Verlaine etc.... qui est magnifique certes mais qui repose sur un univers d'idées de formes de métaphores. Là ou la poésie classique mise sur la virtuosité, l'érudition et le style, le Haïku offre au lecteur un instant saisi qui n'a pas besoin du temps pour exister. Le Haïku célèbre la beauté mélancolique des choses parce qu'elles passent et disparaissent, c'est une poésie, ou plutôt une philosophie de l'immédiateté. Le Haïku repose sur ce "vide signifiant " cher aux japonais, cet espace laissé entre les mots qui ouvre un silence où peut entrer la sensibilité du lecteur. c'est la sobriété absolue qui renforce l'intensité émotionnelle. Le Haïku pour moi a été une formidable découverte et une véritable révélation.
voici 3 Haïkus tiré du livre d'Onfray:
Midi
Le cercueil entre en terre
Un chien aboie
Multitude de papillons jaunes
Virevoltant au-dessus des talus
Elle les aimait
Lit de pierres
Rivière absente
Présence de l'absence. |
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Posté le 01/12/2025 à 07:58 |
| . Je vais partir vers de "nouveaux Horizons chimériques " comme disait le poète Jean de la Ville de Mirmont.
Mais n'oubliez pas que:
Tout n'est que poésie. Tous les Arts, tous les Rythmes, les tons et les couleurs, chaque souffle d’une vie ne sont que Poésie
La Poésie est omniprésente, discrète, belle, vivante. Chaque recoin de la terre, chaque paysage, chaque visage et rivage, porte l’écho d’un perpétuel hymne à une poésie qui vit plus que jamais à nos côtés, en plein milieu du drame de nos vies. Il n’est rien que la poésie n’ait point visité ! Elle est la manifestation du sublime dans le vers d’un poème, dans le geste gracieux d’une danseuse, dans le blues naturel des chants des Hommes, sur le grain de la toile d’un tableau, dans un coucher de soleil irradiant, un paysage naturel… La Poésie est présente en tout, partout. Les chants du vent, de la mer, de la nature, de tous les éléments de la terre, perpétuellement, portent son écho, depuis l’infini jusqu’à nous. Elle ne se dévoile qu’à ceux ou celles dont les cœurs sont ouverts, ceux qui l’attendent et savent se montrer attentifs à ses discrets reflets. La poésie, en effet, ne se laisse découvrir que par ceux qui savent s’attarder et aiment à flâner dans les alcôves du temps et de la matière.Elle est présente partout dans le visible et l’invisible.
Théo Bamara – 18 Décembre 2017 – « Pensées » Modifié par LECHE le 09/12/2025 19:59 |
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