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 poésie
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LECHE
 Posté le 23/11/2025 à 19:47 
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Petit astucien

"la poésie est le cœur d'un monde sans cœur, un antidote au bruit et à la fureur une fête de la langue qui, à l'heure du verbiage universel, peut seule encore tenir parole. Propager la poésie, c'est contester l'assimilation du populaire au vulgaire. Rendre la poésie populaire, la plus distinguée poésie, c'est venger le peuple de la vulgarité à quoi on le réduit, par le partage de la distinction. Tout poème est un concentré d'humanité, qui révèle à chacun son altérité, c'est-à-dire son affinité avec l'autre et l'arrachant ainsi à sa petite identité personnelle de circonstance, le relie. On rêve d'une minute de silence universel où le monde se tiendrait soudain immobile et muet, les yeux clos, attentif au seul respir du vent dans les arbres, au chuchotement clair d'un ruisseau, au déploiement d'une herbe dans la lumière, à l'unanime pulsation du sang dans les cœurs, une minute pour que le monde reprenne conscience et se réajuste à la seule réalité qui vaille, le pur sentiment d'exister un et multiple, entre deux néants, sur la terre perdue dans les cieux innombrables." ( Jean pierre Siméon )

LECHE
 Posté le 24/11/2025 à 10:38 
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Petit astucien

Certains me diront qu’aujourd’hui, la poésie est désuète, simple, et naïve. Je peux les comprendre, mais je pense que c'est justement en cette période on ne peut plus trouble ( et c'est un euphémisme ) que nous en avons le plus besoin. Écrire ou entendre la poésie, c'est comme disposer d'une autre vision du monde. Soudain, grâce à elle, nous ne voyons plus les choses de la même manière. Elle permet, d'après Christilla Pellé Douël, journaliste et psychologue, "de recréer, de repenser le monde, en renouvelant sans cesse ses propres sensations au contact des autres"



Modifié par LECHE le 24/11/2025 16:34
LECHE
 Posté le 24/11/2025 à 11:02 
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Petit astucien

Quand je sens, certains soirs, ma vie qui s'effiloche
Et qu'un vol de vautours s'agite autour de moi,
Pour garder mon sang froid, je tâte dans ma poche
Un caillou ramassé dans la Vallée des Rois.
Si je mourrais demain, j'aurais dans la mémoire
L'impeccable dessin d'un sarcophage d'or
Et pour m'accompagner au long des rives noires
Le sourire éclatant des enfants de Louxor.

À l'intérieur de soi, je sais qu'il faut descendre
À pas lents, dans le noir et sans lâcher le fil,
Calme et silencieux, sans chercher à comprendre,
Au rythme des bateaux qui glissent sur le Nil,
C'est vrai, la vie n'est rien, le songe est trop rapide,
On s'aime, on se déchire, on se montre les dents,
J'aurais aimé pourtant bâtir ma Pyramide
Et que tous mes amis puissent dormir dedans.

Combien de papyrus enroulés dans ma tête
Ne verront pas le jour... ou seront oubliés
Aussi vite que moi?... Ma légende s'apprête,
Je suis comme un désert qu'on aurait mal fouillé.
Si je mourais demain, je n'aurais plus la crainte
Ni du bec du vautour ni de l'oeil du cobra.
Ils ont régné sur tant de dynasties éteintes...
Et le temps, comme un fleuve, à la force des bras...

Les enfants de Louxor ont quatre millénaires,
Ils dansent sur les murs et toujours de profil,
Mais savent sans effort se dégager des pierres
À l'heure où le soleil se couche sur le Nil.
Je pense m'en aller sans que nul ne remarque
Ni le bien ni le mal que l'on dira de moi
Mais je déposerai tout au fond de ma barque
Le caillou ramassé dans la Vallée des Rois.

Bernard Dimey ( la vallée des Rois )

LECHE
 Posté le 24/11/2025 à 11:22 
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Petit astucien

La Nuit

sublime poème de Bernard Dimey

LECHE
 Posté le 24/11/2025 à 16:18 
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Petit astucien

Poème de Paul Eluard qui fait référence aux Femmes tondues après guerre

Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
La victime raisonnable
À la robe déchirée
Au regard d’enfant perdue
Découronnée défigurée
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés

Une fille faite pour un bouquet
Et couverte
Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante
Comme une aurore de premier mai
La plus aimable bête

Souillée et qui n’a pas compris
Qu’elle est souillée
Une bête prise au piège
Des amateurs de beauté

Et ma mère la femme
Voudrait bien dorloter
Cette image idéale
De son malheur sur terre.

PS: Dans un contexte tout à fait différent, ce poème fut repris en partie par Georges Pompidou lors d'une conférence de presse où un journaliste lui posa une question sur l'affaire Gabrielle Russier une professeure condamnée pour une liaison avec un de ses élèves mineur et qui se suicida

ICI



Modifié par LECHE le 24/11/2025 16:22
LECHE
 Posté le 24/11/2025 à 16:40 
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Petit astucien

Bernard Dimey : Je ne dirai pas tout, texte d'une grande lucidité empreint de poésie

ICI

LECHE
 Posté le 24/11/2025 à 16:57 
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Petit astucien

Larmes ! Larmes ! Larmes !
Dans la solitude de la nuit, les larmes,
Qui coulent sur le sable blanc, qui coulent et qui sont bues par le sable blanc,
Les larmes, pas une étoile au ciel, désert nocturne,
Les larmes coulant humides des yeux d’une tête voilée ;
Mais qui est ce fantôme ? Cette forme obscure en larmes ?
Cette masse informe cassée, abattue, là sur le sable, qui est-elle ?
Ruisseau des larmes, des sanglots hoquets d’une bouche gonflée de cris de folie,
Ouragan levé en corps, galopant à foulées amples sur la plage !
Sauvage, abominable vent ouragan de la nuit – qui craches le désespoir !
Ombre si passive, si plaisante dans le jour, d’allure si composée, si réglée,
Qui s’envole, la nuit, nul qui la voit – Ah ce déchaînement d’océan des vagues,
Larmes ! Larmes ! Larmes !

Walt Whitman

LECHE
 Posté le 24/11/2025 à 18:28 
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Petit astucien

Un magnifique poème de Marceline Desbordes-Valmore qui a été repris en chanson par Julien Clerc ici

N'écris pas. Je suis triste, et je voudrais m'éteindre.
Les beaux étés sans toi, c'est la nuit sans flambeau.
J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre,
Et frapper à mon cœur, c'est frapper au tombeau.
N'écris pas !

N'écris pas. N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes,
Ne demande qu'à Dieu… qu'à toi, si je t'aimais !
Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,
C'est entendre le ciel sans y monter jamais.
N'écris pas !

N'écris pas. Je te crains ; j'ai peur de ma mémoire ;
Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent.
Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N'écris pas !

N'écris pas ces deux mots que je n'ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon cœur ;
Que je les vois brûler à travers ton sourire ;
Il semble qu'un baiser les empreint sur mon cœur.
N'écris pas !

LECHE
 Posté le 24/11/2025 à 18:42 
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Petit astucien

Il ne faudra jamais
Dire tout ce qu'on a vécu
ça ne regarde pas
Les gens du temps qui passent
Ni mes histoires de coeur
Ni mes amours déçues
N'avantageront
Mon reflet dans la glace

Je suis un enfant
Qui marche à pas comptés
Entre des HLM
Et des fleurs en plastique
Entre trois cimetières
Et quatre vérités
En plein coeur d'un présent

Qui va fermer boutique

Il ne faudra jamais dire
Ce qu'on a compris
On l'a fait par hasard
Et sans aucun mérite
Quand j'ai vidé ma poche
Il me reste le prix
De quatre roses rouges
Et d'un cornet de frites

Il ne faudra jamais
Révéler nos secrets
ça ne regarde pas
Les gens qui nous regardent
Ils viennent d'un pays
Où plus rien n'est sacré
Ils crèvent entre copains

Tant pis, que Dieu les garde

Il ne faudra jamais dire
Qu'on était heureux
Qu'on avait du talent
Qu'on était magnifiques
Que d'un exploit d'huissier
On savait faire du feu
Et que du mal d'amour
On faisait des musiques

Il ne faudra jamais dire
Qu'on était idiots
Qu'on ne savait rien
Mais qu'on vivait quand même
Quand on a dégusté
Sa jeunesse au boulot
Avec la mort qui vient

On peut faire un poème.

(Serge Reggiani )

LECHE
 Posté le 25/11/2025 à 08:39 
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Petit astucien

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t'ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N'oublie pas
Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j'aime
Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s'aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N'oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l'arsenal
Sur le bateau d'Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abimé
C'est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n'est même plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.

Jacques Prévert

LECHE
 Posté le 25/11/2025 à 09:31 
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Petit astucien

"Sans le rêve, il n'y a pas de poésie possible. Et sans la poésie, il n'y a pas de vie supportable " ( Pasteur valléry-Radot )

Super_GEGE
 Posté le 25/11/2025 à 10:44 
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  Maître astucien

C'est un poème très vieux que je tiens de ma tante.

Te souviens-tu, grand-mère,

lorsque, le soir, nous pissions

dans de vastes pots de chambre?

Hélas, les temps sont durs,

Nous en sommes réduits

À pisser sur les murs!

LECHE
 Posté le 25/11/2025 à 12:55 
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Petit astucien

Hello

C'est une certaine conception de la poésie à laquelle je n’adhère pas, mais pourquoi pas ?

Pisser sur les murs , Boris Vian voulait bien " aller cracher sur les tombes "

LECHE
 Posté le 25/11/2025 à 16:39 
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Petit astucien

Douce plage où naquit mon âme ;
Et toi, savane en fleurs
Que l'Océan trempe de pleurs
Et le soleil de flamme ;

Douce aux ramiers, douce aux amants,
Toi de qui la ramure
Nous charmait d'ombre, et de murmure,
Et de roucoulements ;

Où j'écoute frémir encore
Un aveu tendre et fier -
Tandis qu'au loin riait la mer
Sur le corail sonore.

Paul Jean Toulet

Ourson01
 Posté le 25/11/2025 à 17:25 
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Petit astucien

LECHE a écrit :

Hello

C'est une certaine conception de la poésie à laquelle je n’adhère pas,

Moi non plus

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LECHE
 Posté le 25/11/2025 à 17:42 
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Petit astucien

Hello Ourson

Aimez-vous le passé
Et rêver d’histoires
Évocatoires
Aux contours effacés ?

Les vieilles chambres
Veuves de pas
Qui sentent tout bas
L’iris et l’ambre ;

La pâleur des portraits,
Les reliques usées
Que des morts ont baisées,
Chère, je voudrais

Qu’elles vous soient chères,
Et vous parlent un peu
D’un cœur poussiéreux
Et plein de mystère.

Paul-Jean Toule

LECHE
 Posté le 26/11/2025 à 07:51 
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Petit astucien

Considéré comme l'un des fondateurs du symbolisme, mouvement littéraire de la fin du 19ème siècle, Stéphane Mallarmé a contribué à moderniser la poésie traditionnelle

Les fenêtres

Las du triste hôpital et de l’encens fétide
Qui monte en la blancheur banale des rideaux
Vers le grand crucifix ennuyé du mur vide,
Le moribond, parfois, redresse son vieux dos,

Se traîne et va, moins pour chauffer sa pourriture
Que pour voir du soleil sur les pierres, coller
Les poils blancs et les os de sa maigre figure
Aux fenêtres qu’un beau rayon clair veut hâler,

Et sa bouche, fiévreuse et d’azur bleu vorace,
Telle, jeune, elle alla respirer son trésor,
Une peau virginale et de jadis ! encrasse
D’un long baiser amer les tièdes carreaux d’or.

Ivre, il vit, oubliant l’horreur des saintes huiles,
Les tisanes, l’horloge et le lit infligé,
La toux ; et quand le soir saigne parmi les tuiles,
Son œil, à l’horizon de lumière gorgé,

Voit des galères d’or, belles comme des cygnes,
Sur un fleuve de pourpre et de parfums dormir
En berçant l’éclair fauve et riche de leurs lignes
Dans un grand nonchaloir chargé de souvenir !

Ainsi, pris du dégoût de l’homme à l’âme dure
Vautré dans le bonheur, où ses seuls appétits
Mangent, et qui s’entête à chercher cette ordure
Pour l’offrir à la femme allaitant ses petits,

Je fuis et je m’accroche à toutes les croisées
D’où l’on tourne le dos à la vie, et, béni,
Dans leur verre, lavé d’éternelles rosées,
Que dore la main chaste de l’Infini

Je me mire et me vois ange ! et je meurs, et j’aime
— Que la vitre soit l’art, soit la mysticité —
À renaître, portant mon rêve en diadème,
Au ciel antérieur où fleurit la Beauté !

Mais, hélas ! Ici-bas est maître : sa hantise
Vient m’écœurer parfois jusqu’en cet abri sûr,
Et le vomissement impur de la Bêtise
Me force à me boucher le nez devant l’azur.

Est-il moyen, ô Moi qui connais l’amertume,
D’enfoncer le cristal par le monstre insulté,
Et de m’enfuir, avec mes deux ailes sans plume
— Au risque de tomber pendant l’éternité ?

Stéphane Mallarmé

LECHE
 Posté le 26/11/2025 à 07:59 
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Petit astucien

Offrande

Au creux d’un coquillage
Que vienne l’heure claire
Je cueillerai la mer
Et je te l’offrirai.

Y dansera le ciel
Que vienne l’heure belle.
Y dansera le ciel
Et un vol d’hirondelle
Et un bout de nuage
Confondant les images
En l’aurore nouvelle
Dans un reflet moiré
Dans un peu de marée
Dans un rien de mirage
Au fond d’un coquillage.

Et te les offrirai.

Esther Granek

LECHE
 Posté le 26/11/2025 à 13:07 
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Petit astucien

Ophélie

Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
- On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir.
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile :
- Un chant mystérieux tombe des astres d'or.

Ô pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
- C'est que les vents tombant des grands monts de Norwège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté ;

C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits ;
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ;

C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !

Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
- Et l'Infini terrible effara ton oeil bleu !

- Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

Arthur Rimbaud

LECHE
 Posté le 26/11/2025 à 19:07 
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Petit astucien

Connaissez vous le haïku ? C'est une forme japonaise de poésie permettant de noter les émotions, le moment qui passe, qui émerveille ou qui étonne.

Le haïku est une image instantanée, un court instant, mais qui doit être fort en émotion et qui célèbre l'évanescence des choses et les sensations qu'elles suscitent

C'est une forme très concise, avec une structure très rigoureuse. Cette forme poétique a été reprise par des auteurs Français dès le XIX e siècle

Récemment le philosophe Michel Onfray dans un livre " avant le silence", a raconté en haïkus une épreuve et son dépassement lors du décès de sa compagne .



Bashō Matsuo, poète, peintre et moine bouddhiste, est souvent considéré comme le pionnier du haïku

voila quelques exemples de haïkus .

« Mouvements
Du cœur
Dans le frisson du saule. »


"Un vieil étang
Une grenouille saute dans
le son de l'eau"


« Papillon voltige

Dans un monde

Sans espoir. »



« L’éclat d’un ciel bleu

Et le goût de tes lèvres

Tracent mon chemin. »


« Rien ne dit

Dans le chant de la cigale

Qu’elle est près de sa fin. »


« Quand souffle le vent du nord

Les feuilles mortes

Fraternisent au sud. »

Ne dîtes surtout pas à un japonais que c'est naïf

LECHE
 Posté le 27/11/2025 à 08:10 
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Petit astucien

Puisque tes jours ne t'ont laissé
Qu'un peu de cendre dans la bouche,
Avant qu'on ne tende la couche
Où ton cœur dorme, enfin glacé,
Retourne, comme au temps passé,
Cueillir, près de la dune instable,
Le lys qu'y courbe un souffle amer,
- Et grave ces mots sur le sable :
Le rêve de l'homme est semblable
Aux illusions de la mer.

Jean Toulet

LECHE
 Posté le 27/11/2025 à 14:10 
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Petit astucien

A quoi jouait-il cet enfant ?
Personne n’en sut jamais rien
On le laissait seul dans un coin
Avec un peu de sable blanc

On remarquait bien, certains jours,
Qu’il arquait les bras tels des ailes
Et qu’il regardait loin, très loin,
Comme du sommet d’une tour.

Mais où s’en allait-il ainsi
Alors qu’on le croyait assis ?
Lui-même le sut-il jamais ?

Dès qu’il refermait les paupières,
Il regagnait le grand palais
D’où il voyait toute la mer.

L’enfant de Maurice Carême

LECHE
 Posté le 27/11/2025 à 16:04 
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Petit astucien

Deux vieux marins des mers du Nord
S’en revenaient, un soir d’automne,
De la Sicile et de ses îles souveraines,
Avec un peuple de Sirènes,
A bord.

Joyeux d’orgueil, ils regagnaient leur fiord,
Parmi les brumes mensongères,
Joyeux d’orgueil, ils regagnaient le Nord
Sous un vent morne et monotone,
Un soir de tristesse et d’automne.
De la rive, les gens du port
Les regardaient, sans faire un signe :
Aux cordages le long des mâts,
Les Sirènes, couvertes d’or,
Tordaient, comme des vignes,
Les lignes
Sinueuses de leurs corps.
Et les gens se taisaient, ne sachant pas
Ce qui venait de l’océan, là-bas,
A travers brumes ;
Le navire voguait comme un panier d’argent
Rempli de chair, de fruits et d’or bougeant
Qui s’avançait, porté sur des ailes d’écume.

Les Sirènes chantaient
Dans les cordages du navire,
Les bras tendus en lyres,
Les seins levés comme des feux ;
Les Sirènes chantaient
Devant le soir houleux,
Qui fauchait sur la mer les lumières diurnes ;
Les Sirènes chantaient,
Le corps serré autour des mâts,
Mais les hommes du port, frustes et taciturnes,
Ne les entendaient pas.

Ils ne reconnurent ni leurs amis
– Les deux marins – ni le navire de leur pays,
Ni les focs, ni les voiles
Dont ils avaient cousu la toile ;
Ils ne comprirent rien à ce grand songe
Qui enchantait la mer de ses voyages,
Puisqu’il n’était pas le même mensonge
Qu’on enseignait dans leur village ;
Et le navire auprès du bord
Passa, les alléchant vers sa merveille,
Sans que personne, entre les treilles,
Ne recueillît les fruits de chair et l’or.

Emile Verhaeren

LECHE
 Posté le 27/11/2025 à 19:10 
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Petit astucien

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle (*)
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l'échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Qu'importe comment s'appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l'un fut de la chapelle
Et l'autre s'y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle
L'autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
À le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gèle
Lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Il coule il coule il se mêle
À la terre qu'il aima
Pour qu'à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
L'un court et l'autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle
La rose et le réséda.

Louis Aragon

LECHE
 Posté le 28/11/2025 à 08:04 
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Petit astucien

La mort n’est rien.
Je suis simplement passé dans la pièce à côté.
Je suis moi. Tu es toi.
Ce que nous étions l’un pour l’autre,
nous le sommes toujours.

Donne-moi le nom que tu m’as toujours donné.
Parle-moi comme tu l’as toujours fait.
N’emploie pas de ton différent.
Ne prends pas un air solennel ou triste.
Continue à rire de ces petites choses
qui nous amusaient tant.

Prie, souris, pense à moi, prie pour moi.
Que mon nom soit prononcé à la maison
comme il l’a toujours été,
sans emphase d’aucune sorte,
sans trace d’ombre.

La vie signifie tout ce qu’elle a toujours signifié.
Elle est ce qu’elle a toujours été.
Le fil n’est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de ta pensée
parce que je suis hors de ta vue ?
Je t’attends, je ne suis pas loin,
juste de l’autre côté du chemin.
Tu vois, tout est bien.

Henry Scott Holland

LECHE
 Posté le 28/11/2025 à 10:49 
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Petit astucien

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon cœur transparent
Pour elle seule, hélas! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse? Je l’ignore.
Son nom? Je me souviens qu’il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

(Verlaine )

Marie-louise
 Posté le 28/11/2025 à 11:04 
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Petite astucienne

Quand quelque chose est joli si c'est de la musique c'est Mozart, quand c'est un poème c'est Verlaine.....

.



Modifié par Marie-louise le 28/11/2025 11:08
LECHE
 Posté le 28/11/2025 à 11:12 
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Petit astucien

Bienvenue au cercle des poètes

LECHE
 Posté le 28/11/2025 à 11:17 
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Petit astucien

Combien de temps...
Combien de temps encore
Des années, des jours, des heures, combien ?
Quand j'y pense, mon coeur bat si fort...
Mon pays c'est la vie.
Combien de temps...
Combien ?
Je l'aime tant, le temps qui reste...
Je veux rire, courir, pleurer, parler,
Et voir, et croire
Et boire, danser,
Crier, manger, nager, bondir, désobéir
J'ai pas fini, j'ai pas fini
Voler, chanter, parti, repartir
Souffrir, aimer
Je l'aime tant le temps qui reste
Je ne sais plus où je suis né, ni quand
Je sais qu'il n'y a pas longtemps...
Et que mon pays c'est la vie
Je sais aussi que mon père disait :
Le temps c'est comme ton pain...
Gardes-en pour demain...
J'ai encore du pain
Encore du temps, mais combien ?
Je veux jouer encore...
Je veux rire des montagnes de rires,
Je veux pleurer des torrents de larmes,
Je veux boire des bateaux entiers de vin
De Bordeaux et d'Italie
Et danser, crier, voler, nager dans tous les océans
J'ai pas fini, j'ai pas fini
Je veux chanter
Je veux parler jusqu'à la fin de ma voix...
Je l'aime tant le temps qui reste...
Combien de temps...
Combien de temps encore ?
Des années, des jours, des heures, combien ?
Je veux des histoires, des voyages...
J'ai tant de gens à voir, tant d'images..
Des enfants, des femmes, des grands hommes,
Des petits hommes, des marrants, des tristes,
Des très intelligents et des cons,
C'est drôle, les cons ca repose,
C'est comme le feuillage au milieu des roses...
Combien de temps...
Combien de temps encore ?
Des années, des jours, des heures, combien ?
Je m'en fous mon amour...
Quand l'orchestre s’arrêtera, je danserai encore...
Quand les avions ne voleront plus, je volerai tout seul...
Quand le temps s’arrêtera..
Je t'aimerai encore
Je ne sais pas où, je ne sais pas comment...
Mais je t'aimerai encore...
D'accord ?
le même dit par Reggianni ( générique de fin du film 2 jours à tuer avec Dupontel )

Marie-louise
 Posté le 28/11/2025 à 11:30 
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Petite astucienne

Dans un autre genre j'aime aussi celui-ci.

Verlaine et Baudelaire ce n'est pas le même combat.

.

Le Vin de l’Assassin

.

Ma femme est morte, je suis libre !

Je puis donc boire tout mon soûl.

Lorsque je rentrais sans un sou,

Ses cris me déchiraient la fibre.

.

Autant qu’un roi je suis heureux ;

L’air est pur, le ciel admirable…

Nous avions un été semblable

Lorsque j’en devins amoureux !

.

L’horrible soif qui me déchire

Aurait besoin pour s’assouvir

D’autant de vin qu’en peut tenir

Son tombeau ; – ce n’est pas peu dire :

.

Je l’ai jetée au fond d’un puits,

Et j’ai même poussé sur elle

Tous les pavés de la margelle.

– Je l’oublierai si je le puis !

.

Au nom des serments de tendresse,

Dont rien ne peut nous délier,

Et pour nous réconcilier

Comme au beau temps de notre ivresse,

.

J’implorai d’elle un rendez-vous,

Le soir, sur une route obscure.

Elle y vint ! – folle créature !

Nous sommes tous plus ou moins fous !

.

Elle était encore jolie,

Quoique bien fatiguée ! et moi,

Je l’aimais trop ! voilà pourquoi

Je lui dis : Sors de cette vie !

.

Nul ne peut me comprendre. Un seul

Parmi ces ivrognes stupides

Songea-t-il dans ses nuits morbides

À faire du vin un linceul ?

.

Cette crapule invulnérable

Comme les machines de fer

Jamais, ni l’été ni l’hiver,

N’a connu l’amour véritable,

.

Avec ses noirs enchantements,

Son cortège infernal d’alarmes,

Ses fioles de poison, ses larmes,

Ses bruits de chaîne et d’ossements !

.

– Me voilà libre et solitaire !

Je serai ce soir ivre mort ;

Alors, sans peur et sans remord,

Je me coucherai sur la terre,

.

Et je dormirai comme un chien !

Le chariot aux lourdes roues

Chargé de pierres et de boues,

Le wagon enragé peut bien

.

Écraser ma tête coupable

Ou me couper par le milieu,

Je m’en moque comme de Dieu,

Du Diable ou de la Sainte Table !

.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, 1857



Modifié par Marie-louise le 28/11/2025 11:32
LECHE
 Posté le 28/11/2025 à 12:34 
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Petit astucien

Là , on est loin du classicisme Mallarméen , c'est de la poésie très contemporaine . Salah Stétié mêle feu et neige, brûlure et blancheur, la neige y devient substance de l'âme

« Il y a contre mon cœur un enfant qui un peu brûle
Comme un enfant de neige
Sa nature est de neige et sa larme me brûle
Où se défait la neige
Il y a face à l’esprit une larme de neige
Et sa lumière est larme

Lampe de neige larme des matinées
Et précieux lit du jour
Où flambe imaginairement le feu
De cette femme éblouie qui brûle vive
Au nom de tous à l’avancée »

LECHE
 Posté le 28/11/2025 à 18:37 
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Petit astucien

Mes pleurs sont à moi, nul au monde
Ne les a comptés ni reçus,
Pas un oeil étranger qui sonde
Les désespoirs que j’ai conçus

L’être qui souffre est un mystère
Parmi ses frères ici-bas ;
Il faut qu’il aille solitaire
S’asseoir aux portes du trépas.

J’irai seule et brisant ma lyre,
Souffrant mes maux sans les chanter ;
Car je sentirais à les dire
Plus de douleur qu’à les porter

Louise Ackermann

LECHE
 Posté le 29/11/2025 à 08:57 
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Petit astucien

L'Albatros

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Charles Baudelaire

LECHE
 Posté le 29/11/2025 à 09:44 
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Petit astucien

Liberté de Paul Eluard

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

Sur chaque bouffées d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom

Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes raisons réunies
J'écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom

Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté

Marie-louise
 Posté le 29/11/2025 à 10:57 
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Petite astucienne

Il faudrait saluer les poètes de la Pléiade qui se sont battus pour évincer le latin au profit du français.

https://www.lalanguefrancaise.com/litterature/courant-litteraire/la-pleiade

.

Déjà l'outrage du temps, les rides........

Avec le Botox et l'acide hyaluronique les poètes n'écriraient plus cela.

LECHE
 Posté le 29/11/2025 à 11:08 
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Petit astucien

Marie-louise a écrit :

Déjà l'outrage du temps, les rides........

Avec le Botox et l'acide hyaluronique les poètes n'écriraient plus cela.

ça me fait penser au songe d’Athalie de Racine

C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit.
Ma mère Jézabel devant moi s'est montrée,
Comme au jour de sa mort pompeusement parée.
Ses malheurs n'avaient point abattu sa fierté ;
Même elle avait encor cet éclat emprunté
Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage,
Pour réparer des ans l'irréparable outrage.
« Tremble, m'a-t-elle dit, fille digne de moi.
Le cruel Dieu des Juifs l'emporte aussi sur toi.
Je te plains de tomber dans ses mains redoutables,
Ma fille. » En achevant ces mots épouvantables,
Son ombre vers mon lit a paru se baisser ;
Et moi, je lui tendais les mains pour l'embrasser.
Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange
D'os et de chairs meurtris et traînés dans la fange,
Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux
Que des chiens dévorants se disputaient entre eux.



Modifié par LECHE le 29/11/2025 11:09
Marie-louise
 Posté le 29/11/2025 à 12:01 
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Petite astucienne

Ils se sont amusés....

...Corneille:......

.

L'assemblage des 3

LECHE
 Posté le 29/11/2025 à 12:44 
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Petit astucien

Le désespoir est assis sur un banc de Jacques Prévert

Dans un square sur un banc
Il y a un homme qui vous appelle quand on passe
Il a des binocles un vieux costumes gris
Il fume un petit ninas il est assis
Et il vous appelle quand on passe
Ou simplement il vous fait signe
Il ne faut pas le regarder
Il ne faut pas l'écouter
Il faut passer
Faire comme si on ne le voyais pas
Comme si on ne l'entendais pas
Il faut passer presser le pas
Si vous le regardez
Si vous l'écoutez
Il vous fait signe et rien ni personne
Ne peut vous empêcher d'aller vous asseoir près de lui
Alors il vous regarde et sourit
Et vous souffrez atrocement
Et l'homme continue de sourire
Et vous souriez du même sourire
Exactement
Plus vous souriez plus vous souffrez
Atrocement
Plus vous souffrez plus vous souriez
Irrémédiablement
Et vous restez là
Assis figé
Souriant sur le banc
Des enfants jouent tout près de vous
Des passants passent
Tranquillement
Des oiseaux s'envolent
Quittant un arbre
Pour un autre
Et vous restez là
Sur le banc
Et vous savez vous savez
Que jamais plus vous ne jouerez
Comme ces enfants
Vous savez que jamais plus vous ne passerez
Tranquillement
Comme ces passants
Que jamais plus vous ne vous envolerez
Quittant un arbre pour un autre
Comme ces oiseaux.

LECHE
 Posté le 30/11/2025 à 12:15 
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Petit astucien

Le Haïku ou l'évanescence des choses. Le haïku, c’est le dernier verbe juste avant le mutisme.

J'en ai déjà parlé ICI

mais je voudrais revenir sur certains points de cette forme de poésie qui s'apparente plus à une philosophie du ZEN.

Le philosophe Michel Onfray a raconté en haïkus une épreuve et son dépassement lors du décès de sa compagne . Dans son livre "avant le silence", il a capté des instants, il n'a pas eu besoin de narration, d'arguments, il a préféré par une image brève laisser l'esprit du lecteur prolonger l'émotion, plutôt que lui imposer un sentiment expliqué. J'ai connu le Haïku tard dans ma vie, imprégné par la poésie occidentale, celle de Rimbaud, Baudelaire, Nerval, Verlaine etc.... qui est magnifique certes mais qui repose sur un univers d'idées de formes de métaphores. Là ou la poésie classique mise sur la virtuosité, l'érudition et le style, le Haïku offre au lecteur un instant saisi qui n'a pas besoin du temps pour exister. Le Haïku célèbre la beauté mélancolique des choses parce qu'elles passent et disparaissent, c'est une poésie, ou plutôt une philosophie de l'immédiateté. Le Haïku repose sur ce "vide signifiant " cher aux japonais, cet espace laissé entre les mots qui ouvre un silence où peut entrer la sensibilité du lecteur. c'est la sobriété absolue qui renforce l'intensité émotionnelle. Le Haïku pour moi a été une formidable découverte et une véritable révélation.

voici 3 Haïkus tiré du livre d'Onfray:



Midi

Le cercueil entre en terre

Un chien aboie



Multitude de papillons jaunes

Virevoltant au-dessus des talus

Elle les aimait




Lit de pierres

Rivière absente

Présence de l'absence.

LECHE
 Posté le 01/12/2025 à 07:58 
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Petit astucien

. Je vais partir vers de "nouveaux Horizons chimériques " comme disait le poète Jean de la Ville de Mirmont.

Mais n'oubliez pas que:

Tout n'est que poésie. Tous les Arts, tous les Rythmes, les tons et les couleurs, chaque souffle d’une vie ne sont que Poésie

La Poésie est omniprésente, discrète, belle, vivante. Chaque recoin de la terre, chaque paysage, chaque visage et rivage, porte l’écho d’un perpétuel hymne à une poésie qui vit plus que jamais à nos côtés, en plein milieu du drame de nos vies. Il n’est rien que la poésie n’ait point visité ! Elle est la manifestation du sublime dans le vers d’un poème, dans le geste gracieux d’une danseuse, dans le blues naturel des chants des Hommes, sur le grain de la toile d’un tableau, dans un coucher de soleil irradiant, un paysage naturel… La Poésie est présente en tout, partout. Les chants du vent, de la mer, de la nature, de tous les éléments de la terre, perpétuellement, portent son écho, depuis l’infini jusqu’à nous. Elle ne se dévoile qu’à ceux ou celles dont les cœurs sont ouverts, ceux qui l’attendent et savent se montrer attentifs à ses discrets reflets. La poésie, en effet, ne se laisse découvrir que par ceux qui savent s’attarder et aiment à flâner dans les alcôves du temps et de la matière.Elle est présente partout dans le visible et l’invisible.

Théo Bamara – 18 Décembre 2017 – « Pensées »



Modifié par LECHE le 09/12/2025 19:59
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