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eminence
 Posté le 03/12/2025 à 17:27 
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LECHE

J'espère que ce n'est qu'un "" Au Revoir "" .

Vos différentes poésies furent, pour moi, un régal de fin gourmet. Merci

l'éminence grise

LECHE
 Posté le 03/12/2025 à 18:01 
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Petit astucien

Hello

Merci

Tiens, pour la route, deux poèmes du poète Portugais Fernando Pessoa qui n'était pas particulièrement d'un optimisme démesuré , Il a dit à mon sens quelque chose de très vrai :"Nous avons tous deux vies: la vraie, celle que nous avons rêvée dans notre enfance, et que nous continuons à rêver, adultes, sur un fond de brouillard: la fausse, celle que nous vivons dans nos rapports avec les autres, qui est la pratique, l'utile, celle où l'on finit par nous mettre au cercueil."

poème 1

Voici peut-être le dernier jour de ma vie.
J’ai salué le soleil en levant la main droite,
mais je ne l’ai pas salué en lui disant adieu –
non, plutôt en faisant signe que j’étais heureux de le voir:
c’est tout.

poème 2

Il pleut. Qu’ai-je fait de ma vie?
J’en ai fait ce qu’elle a fait de moi…
De l’avoir pensée, mal vécue…
Tristesse d’un tel homme!

Dans une angoisse sans remède
J’ai de la fièvre à l’âme, et, quand je suis,
Je ne ressens que le manque, à même l’ennui,
De tout ce dont je n’ai jamais eu le désir.

Ce moi qu’autrefois j’aurais pu être,
Qu’est-il devenu? Plein de haines mesquines
Envers moi, me voici séparé
De moi. Si au moins il pleuvait moins!



Modifié par LECHE le 03/12/2025 18:09
LECHE
 Posté le 03/12/2025 à 19:18 
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Petit astucien

je réponds par un Haïku, comprenne qui pourra

Je reste, tranquille,

Le monde passe en courant

Mon cœur fait racine.



Modifié par LECHE le 03/12/2025 19:19
LECHE
 Posté le 04/12/2025 à 13:42 
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Petit astucien

Je ne retire absolument rien de ce que j'ai dit sur la poésie, mais je dois reconnaître que la musique apporte ce surcroit d'émotion que la poésie à mon sens ne peut pas donner. L’absence de mots permet une émotion “pure”. Le langage aurait il un pouvoir limité ? La musique commence là où s'arrête le pouvoir des mots dit on, c'est très vrai. La musique agit sur le corps avant même d’agir sur l’esprit. La poésie, elle, propose une vision du monde par les mots et donc l’émotion doit passer à travers cette grille. Elle reste intérieure, mentale. Les mots touchent le sens alors que la musique touche le cœur et le corps en même temps.

Marcel Proust disait:

La musique est peut-être l'exemple unique de ce qu'aurait pu être - s'il n'y avait pas eu l'invention du langage, la formation des mots, l'analyse des idées - la communication des âmes



Modifié par LECHE le 04/12/2025 14:13
Marie-louise
 Posté le 04/12/2025 à 15:13 
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Petite astucienne

la relation entre la poésie et la musique est très souvent symbiotique.



Modifié par Marie-louise le 04/12/2025 15:15
LECHE
 Posté le 04/12/2025 à 16:39 
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Petit astucien

Elle peuvent être symbiotiques dans certains cas, mais je dirais plutôt qu'elles sont surtout complémentaires, dans le sens où elles peuvent exister seules , chacune possédant ses moyens d'expression propres tout en s'enrichissant lorsqu'elles se rencontrent . Disons que leur relation reste surtout celle de deux arts voisins qui se complètent plutôt qu’ils ne fusionnent.

LECHE
 Posté le 04/12/2025 à 18:50 
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Petit astucien

Je viens de trouver cette poésie cubaine écrite pour moi

Che

Sobre, tranquille et catégorique,
il se levait, allait,
palpitait.
Il ne perdait jamais un moment dans l’oisiveté,
en petitesses, en jactance, en plaintes.
Sa main ne s’arrogeait
aucune nourriture
à la table de tous.
Il était la justice, souriante et ferme.
C’est ainsi seulement qu’il parut.
Aussi, jamais son souvenir ne disparaîtra de nos mémoires.
Il reviendra comme la tempête et l’éclair,
tout feu tout flammes, comme il était
et comme il est, dans la justice,
et il abattra les corbeaux et les bêtes sauvages,
les aigles sanguinaires.
Qu’il n’y ait pas de deuil pour lui, il a gagné la flambée
de celui qui se sacrifie entièrement.
Tous les maltraités du monde
le comprennent, l’embrassent, le font sien : héros
qui n’attend d’autre gloire qu’un avenir
d’allégresse. Qu’il n’y ait pas de deuil.
Sa victoire est la nôtre ; ne faiblissons pas ;
siècle après siècle.

LECHE
 Posté le 04/12/2025 à 19:41 
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Petit astucien

poème tiré du livre " si c'est un homme " de Primo levi, Juif Italien déporté à Auschwitz qui finira plus tard par se suicider

Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c'est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meut pour un oui pour un non.
Considérez si c'est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu'à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N'oubliez pas que cela fut,
Non, ne l'oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-les à vos enfants.
Ou que votre maison s'écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.



Modifié par LECHE le 10/12/2025 12:20
LECHE
 Posté le 05/12/2025 à 10:05 
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Petit astucien

C’est ça la mort
Je suis debout au bord de la plage.
Un voilier passe dans la brise du matin et part vers l’océan.
Il est la beauté, il est la vie.
Je le regarde jusqu’à ce qu’il disparaisse à l’horizon.
Quelqu’un à mon côté dit : « il est parti ! »
Parti ? Vers où ?
Parti de mon regard, c’est tout !
Son mât est toujours aussi haut,
Sa coque a toujours la force de porter sa charge humaine.
Sa disparition totale de ma vue est en moi, pas en lui.
Et juste au moment où quelqu’un près de moi dit :
« Il est parti ! »
Il y en a d’autres qui, le voyant poindre à l’horizon et venir vers eux,
S’exclament avec joie : « le voilà ! »
C’est ça la mort.

William Blake

Quelqu’un meurt,
Et ce sont des pas qui s’arrêtent…
Mais si c’était un départ
Pour un nouveau voyage ?
Quelqu’un meurt,
Et c’est comme une porte qui claque…
Mais si c’était un paysage s’ouvrant
Sur d’autres paysages ?
Quelqu’un meurt,
Et c’est comme un arbre qui tombe…
Mais si c’était une graine germant
Dans une terre nouvelle ?
Quelqu’un meurt
Et c’est comme un silence qui hurle…
Mais s’il nous aidait à entendre la fragile
Musique de la vie ?

Benoît Marchon



Modifié par LECHE le 05/12/2025 10:06
LECHE
 Posté le 05/12/2025 à 10:30 
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Petit astucien

je trouve magnifique ce que disait David Carradine : " Si tu ne peux pas être un poète, sois le poème. " David Carradine

si on ne peut pas créer quelque chose de beau, on peut au moins incarner nous mêmes cette beauté, et être une source d'inspiration

ccelavi66
 Posté le 05/12/2025 à 12:08 
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Petit astucien

On va les étudier quelques-unes de ces poésies pour faire travailler nos vieilles mémoires fatiguées.

Marie-louise
 Posté le 05/12/2025 à 12:23 
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Petite astucienne

Poème de William Blake ou non peu importe.

Le problème de la poésie pour moi réside dans la traduction, surtout de l'anglais vers le français.

.

Je me suis fais lire le poème par un anglais pour en être certaine.....Cela sonne mieux en anglais, du moins pour ce poème.

Le rythme ou le phrasé me semble meilleur

.

LECHE
 Posté le 05/12/2025 à 14:17 
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Petit astucien

Tu as raison, le gros problème de la poésie, c'est la traduction. Mais pas spécialement pour un poème Anglais. Un poème Russe est encore plus difficile à traduire car la traduction d’une poésie n’est pas juste une traduction mot à mot, il y a un rythme à faire passer, des rimes à trouver et des sensations à faire passer. Si on prend l'exemple du plus célèbre poète Russe à savoir Pouchkine et d'un de ses poèmes les plus connus " Je vous aimais "

Version russe (originale) :

Я вас любил : любовь еще, быть может,

В душе моей угасла не совсем;

Но пусть она вас больше не тревожит;

Я не хочу печалить вас ничем.

Я вас любил безмолвно, безнадежно,

То робостью, то ревностью томим;

Я вас любил так искренно, так нежно,

Как дай вам бог любимой быть другим.

Traduction d’Alexandre Pouchkine, par lui-même en Français, langue qu'il maitrisait parfaitement

Je vous aimais… et mon amour peut-être

Au fond du cœur n’est pas encore éteint.

Mais je saurai n’en rien laisser paraître.

Je ne veux plus vous faire de chagrin.

Je vous aimais d’un feu timide et tendre,

Souvent jaloux, mais si sincèrement,

Je vous aimais sans jamais rien attendre…

Ah! puisse un autre vous aimer autant.

Traduction de Barbara Botton grande traductrice

Je vous ai aimé et mes sentiments

Tressaillent encore dans mon âme,

Et si mon cœur est dans les tourments

Ne vous inquiétez surtout pas, Madame.

Je vous ai aimé sans grand espoir,

Jaloux, suspendu à vos regards

Je vous ai aimée timidement et si sincèrement

Que Dieu fasse qu’un autre vous aime autant.

conclusion

si Pouchkine parlait parfaitement le Français, je pense que sa propre traduction ne reflétait pas sa version originale. Alors..............................



Modifié par LECHE le 05/12/2025 14:38
LECHE
 Posté le 05/12/2025 à 16:56 
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Petit astucien

La poésie, c'est "le Rythme, la rime, le sens " , le problème, c'est que la traduction implique bien souvent de sacrifier l'un des trois . Si on garde la rime, le sens se perd, si on garde le sens, la rime saute, si on respecte le rythme, les images doivent changer.c'est finalement un travail d'équilibriste . Et c'est particulièrement vrai dans la traduction de la poésie Russe où le traducteur devient par choix obligatoire un co-auteur, ça en est d'autant plus frustrant. Pour résumer, traduire la poésie Russe, n'est pas transposer, mais recréer.Et même si le traducteur Français maîtrise parfaitement la langue Russe, il sera obligé, comme je viens de le dire, de privilégier un élément par rapport à un autre



Modifié par LECHE le 05/12/2025 16:58
Marie-louise
 Posté le 05/12/2025 à 17:04 
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Petite astucienne

Mais pour moi c'est surtout entrer en résonnance avec le poème.

Le poème et la musique peuvent aussi entrer en résonnance (le temps des cerises par exemple).

Ecouter des poèmes récités en public m'est pratiquement impossible.

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LECHE
 Posté le 05/12/2025 à 19:00 
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Petit astucien

Marie-louise a écrit :


Ecouter des poèmes récités en public m'est pratiquement impossible.

Je ne parlais pas de ça sur mes posts précédents, je parlais de la difficulté de traduire un poème en Français .

quant à ta remarque " écouter des poèmes en public " , je serais plutôt d'accord, sauf si c'est un grand artiste. J'ai eu l'occasion, il y a assez longtemps d'aller écouter Serge Reggiani dire des poèmes en public. Ce fut un grand moment d'émotion;

A titre d'exemple:

ici

et



Modifié par LECHE le 05/12/2025 23:02
Marie-louise
 Posté le 06/12/2025 à 09:37 
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Petite astucienne

C'était seulement une prise de position de ma part.

La poésie c'est personnel. La plupart du temps cela vient sans qu'on le demande.



Modifié par Marie-louise le 06/12/2025 11:08
LECHE
 Posté le 06/12/2025 à 09:39 
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Petit astucien

poèmes en prose de Baudelaire

L'étranger

Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère?
Je n'ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
Tes amis?
Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
Ta patrie?
J'ignore sous quelle latitude elle est située.
La beauté?
Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
L'or?
Je le hais comme vous haïssez Dieu.
Eh! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger?
J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages!

Enivrez vous

Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.

Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront : « Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »



Modifié par LECHE le 06/12/2025 09:47
LECHE
 Posté le 06/12/2025 à 11:18 
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Petit astucien

  • "Un enfant qui ne joue pas n’est pas un enfant, mais l’homme qui ne joue pas a perdu à jamais l’enfant qui vivait en lui et qui lui manquera terriblement. »
  • « On peut couper toutes les fleurs , mais on ne peut pas empêcher le printemps de venir. "

Pablo Neruda



Modifié par LECHE le 06/12/2025 12:03
LECHE
 Posté le 06/12/2025 à 13:17 
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Petit astucien

On me demande souvent : " mais à quoi sert la poésie ?"

je n'aurais pas pu mieux répondre que ça

ici

LECHE
 Posté le 07/12/2025 à 15:54 
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Petit astucien

Toute une vie résumée en quelques lignes, quelle lucidité

On arrive tout nu, un matin au portique
Parmi tant d'étrangers, on est inconnu
On découvre la vie, tout comme une Amérique
On a soif d'être vieux avant d'avoir vécu
Et puis on s'aperçoit
Que de partir ça sert à rien
Et puis on s'aperçoit
Que de rester ça sert à rien
Alors on reste, alors on reste,
N'importe où.
On se trouve un matin, on est deux face à face
On se trouve un matin, deux dans le même lit
On découvre l'amour, on lui cède la place
Mais il fait la valise avant qu'on ait compris
Et puis on s'aperçoit
Que d'être à deux ça sert à rien
Et puis on s'aperçoit
Que d'être seul ça sert à rien
Alors on fait, alors on fait
N'importe quoi.
On rencontre un matin quelqu'un qui nous ressemble
Un qui est étranger parmi ces étrangers
On échange des mots et quelques verres ensemble
A ces instants l'on croit que la vie va changer
Et puis on s'aperçoit
Que de parler ça sert à rien
Et puis on s'aperçoit
Que de se taire ça sert à rien
Alors on dit, alors on dit
N'importe quoi.
On se trouve un matin, tout nu devant sa glace
Devant son ombre morte, on est presque étranger
On se retourne un peu, et le passé nous glace
Et l'on s'étonne un peu d'avoir tellement changé
Et puis on s'aperçoit
Que le passé ça sert à rien
Et puis on s'aperçoit
Que l'avenir ça sert à rien
Alors on meurt, alors on meurt
N'importe quand.


version chantée par Serge Lama



Modifié par LECHE le 07/12/2025 15:58
LECHE
 Posté le 08/12/2025 à 11:49 
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Petit astucien

Cette chanson et ces paroles touchent le caractère dérisoire , absurde et au caractère machinal de l'existence dont parle Camus . La vie a t elle un sens et vaut elle la peine d'être vécue ? Je laisse chacun répondre à cette question. Lever, métro, bureau , repas, bureau, métro, repas, télé, dodo, et ceci tous les jours de la semaine sur le même rythme. Et puis arrive un jour, ou lassés, certains ( pas tous ), se posent la question "A quoi bon?, pourquoi? "et c'est à ce moment qu'apparaît le sentiment d'absurde et du non sens de la vie, surtout qu'en même temps surgit de façon inexorable la perspective de la mort. C'est ce sentiment d’irrationalité qui crée l'absurde chez l'homme, car si la science explique le " Comment " des choses, elle n’explique pas le pourquoi . Et c'est ce "Pourquoi" qui est fondamental .

Comme quoi une simple chanson peut amener à se poser des questions philosophique essentielles .



Modifié par LECHE le 08/12/2025 11:52
LECHE
 Posté le 08/12/2025 à 16:21 
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Petit astucien

dans un peu le même ordre d'idée, une vie résumée en quelques lignes. Chanson écrite par Gilbert Laffaille ( 1973 )

en version chantée ICI

paroles

Au début du chemin
T′es parti un matin
Sur la route du mois d'août
Auto-stop ou vélo
Aller sans aucun but
La guitare ou la flûte
Chanter où ça nous chante
Pataugas, sac à dos
T′as poussé l'aventure
Vers les pays d'azur
Istanbul et Kaboul
Jack Kerouac et Rimbaud
T′es rev′nu l'âme en peine
Sur les bords de la Seine
Djellaba de là-bas
Sac à dos, pataugas
Plus loin sur le chemin
Te voilà un matin
À la fac en cul d′sac
Ethno, psycho, socio
Refaire la société
Et sa sexualité
T'émancipes ton oedipe
Duffelcoat et sabots
T′as la pipe, la 2 pattes
Quand t'écris, tu t′éclates
Quand tu fumes, tu t'assumes
Et c'est pas du gâteau
T′as même plus l′âme en peine
Sur les bords de la Seine
Djellaba de là-bas
Sac à dos, pataugas
Au milieu du chemin
Tu t'réveilles un matin
GDB, gueule de bois
Au-d′ssus du lavabo
Arrêter les études
Une certaine inquiétude
Pas d'réponse aux annonces
Si t′es pas mécano
T'as plus d′fric, t'as plus d'clopes
Plus tu rames, plus t′écopes
T′as tes potes qui ont des bottes
En simili-croco
Tu t'balades l′âme en peine
Sur les bords de la Seine
Djellaba de là-bas
Sac à dos, pataugas
Au bout de ton chemin
Tu t'retrouves un matin
Face à face dans la glace
En face de ton bureau
Assurer son av′nir
Attaché-case en cuir
Assurance La prudence
Vol et dégâts des eaux
T'as des tics d′automate
Des vaisseaux qui éclatent
D'la brioche et des poches
Calvitie, lumbago
Quand tu passes près d'la Seine
Tu t′revois l′âme en peine
Djellaba de là-bas
Sac à dos, pataugas



Modifié par LECHE le 08/12/2025 16:23
LECHE
 Posté le 09/12/2025 à 08:44 
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Petit astucien

Haïku d'hiver

Sur la pelouse d’hiver
Un objet
Que la lumière a oublié.

Uejima Onitsura

Désolation hivernale –
Dans le monde monochrome
Le bruit du vent.

Matsuo Basho

nuit d’hiver
peu à peu la pleine lune
absorbe les étoiles



Modifié par LECHE le 09/12/2025 08:45
LECHE
 Posté le 09/12/2025 à 10:37 
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Petit astucien

Il est terrible
le petit bruit de l’œuf dur cassé sur un comptoir d’étain
il est terrible ce bruit
quand il remue dans la mémoire de l’homme qui a faim
elle est terrible aussi la tête de l’homme
la tête de l’homme qui a faim
quand il se regarde à six heures du matin
dans la glace du grand magasin
une tête couleur de poussière
ce n’est pas sa tête pourtant qu’il regarde
dans la vitrine de chez Potin
il s’en fout de sa tête l’homme
il n’y pense pas
il songe
il imagine une autre tête
une tête de veau par exemple
avec une sauce de vinaigre
ou une tête de n’importe quoi qui se mange
et il remue doucement la mâchoire
doucement
et il grince des dents doucement
car le monde se paye sa tête
et il ne peut rien contre ce monde
et il compte sur ses doigts un deux trois
un deux trois
cela fait trois jours qu’il n’a pas mangé
et il a beau se répéter depuis trois jours
Ça ne peut pas durer
ça dure
trois jours
trois nuits
sans manger
et derrière ce vitres
ces pâtés ces bouteilles ces conserves
poissons morts protégés par les boîtes
boîtes protégées par les vitres
vitres protégées par les flics
flics protégés par la crainte
que de barricades pour six malheureuses sardines..
Un peu plus loin le bistrot
café-crème et croissants chauds
l’homme titube
et dans l’intérieur de sa tête
un brouillard de mots
un brouillard de mots
sardines à manger
oeuf dur café-crème
café arrosé rhum
café-crème
café-crème
café-crime arrosé sang !...
Un homme très estimé dans son quartier
a été égorgé en plein jour
l’assassin le vagabond lui a volé
deux francs
soit un café arrosé
zéro franc soixante-dix
deux tartines beurrées
et vingt-cinq centimes pour le pourboire du garçon.

Jacques Prévert

LECHE
 Posté le 09/12/2025 à 12:35 
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Petit astucien

Je n'ai pas mis beaucoup de poèmes Russe, car ils sont très difficiles à traduire, comme je le disais plus haut. Il y a dans le film le docteur Jivago , un personnage qui dit " nul n'est plus poète qu'un Russe " Pourquoi ? parce que la poésie Russe est souvent liée à la survie dans un pays où régnait la guerre, les révolutions, les famines, les répressions politiques. Sous l’Empire, puis surtout sous l’URSS, écrire pouvait littéralement coûter la vie . Mandelstam est mort dans un camp, Tsvetaïeva s'est suicidée après des années de persécutions, Goumiliov a été exécuté, Akhmatova écrivait de la poésie que ses amis apprenaient par cœur pour éviter toute preuve écrite. La poésie devient alors un moyen de dire la vérité quand tout autre langage est interdit. . On peut donc considérer la poésie Russe comme un refuge psychique. Quand tout s’effondre politiquement, socialement ou moralement, la poésie devient un espace intérieur de liberté, un lieu où la personne survit. En Russie, la poésie n’est pas un luxe, c’est une manière de rester humain, alors qu'en France et en occident , la poésie a pu être considérée comme essentiellement "un luxe esthétique".











LECHE
 Posté le 09/12/2025 à 16:49 
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Petit astucien

Toute la poésie du chanteur Renaud " Le petit chat est mort "

Va donc pas pleurer
Y s'baladait peinard
Il avait pas d'collier
Il était libre d'aller
Et d'rev'nir pour bouffer
Il était même pas prisonnier
De ton amour insensé
T'aurais quand même pas
Voulu qu'y vive comme un con
Sur le canapé
Loin des gouttières des pigeons
C'était un aventurier
T'aurais pas voulu qu'on l'attache
Y t'aurais miaulé: "Mort aux vaches!"
Le petit chat est mort
Il est tombé du toit
C'est comme ça
Il a glissé sur j'sais pas quoi
Et Patatras
On l'enterr'ra demain j'te jure
Dans un joli carton à chaussures
Le petit chat est mort
Et toi et moi on va couci-couça
A cause de quoi? A cause que c'est
Chaque fois comme ça
Pourquoi c'est toujours les p'tits chats
Et jamais les hommes qui tombent des toits?
C'était un vrai sac à puces
Encore plus libre qu'un chien
Pas l'genre pour un su-sucre
A te lécher la main
Mais la liberté tu vois
C'est pas sans danger c'est pour ça
Qu'elle court pas les rues ni les toits
C'était un vrai Titi
La terreur des p'tis oiseaux
La nuit y s'faisait gris
Pour les croquer tout chauds
C'est un peu salaud
Mais t'as jamais mangé d'moineau
C'est pas plus dégueu qu'un MacDo
Le petit chat est mort
Il est tombé du toit
C'est comme ça
Il a glissé sur j'sais pas quoi
Et Patatras
On ira d'main dans un jardin
L'enterrer au pied d'un arbre en bois
Le petit chat est mort
Et toi et moi on va
Couci-couça
A cause de quoi? A cause qu'on s'demande bien pourquoi
T'as jamais un pape sur les toits
Etre trop près du ciel p't'être qu'y z'aiment pas

LECHE
 Posté le 10/12/2025 à 08:43 
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Petit astucien

Qu'est-ce qui fait le tour de la terre ?
C'est le rire de la mer
C'est l'oiseau qui se libère
C'est un nuage à l'envers
C'est le chant de l'arbre vert
C'est le vent c'est la lumière
C'est la foudre c'est l'éclair
C'est le printemps qui prend l'air
C'est l'été qui sonne clair
C'est l'automne c'est l'hiver
C'est aujourd'hui c'est hier
C'est demain que j'entrespère
C'est le soleil qui se perd
Et qui revient par derrière
C'est mon cœur et son mystère

J. Charpenteau



Modifié par LECHE le 10/12/2025 08:45
LECHE
 Posté le 10/12/2025 à 12:53 
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Petit astucien


La ballade des enfants tristes

La ballade des enfants tristes se joue à un doigt sur le mur de la vie.
Vous appelez ça une vie ?
Leurs jouets sont cassés, que faire ? c’étaient des jouets cassés.
Leurs paroles sont mortes, que faire ? C’étaient les mots des morts.
Les enfants tristes attendent, tout blancs, tout droits, dans leur sarcophage de petits rois.
Vous appelez ça une enfance !
Ils ne veulent pas qu’on en parle.
Ils ne veulent pas qu’on casse et recasse leur joie.
Les enfants tristes ont des soleils de paille et des ombres d’oiseaux, pour jadis et demain
la déclinaison bleue de leur peau, pour unique aujourd’hui le rêve qu’on leur a pris. La ballade des enfants tristes se joue en gris et en mineur, sur un fond de forêt perdue, avec le vent dans les rues du néant, avec la neige couchée sur un banc, et le sourire de l’inconnue qu’on aura toute la vie attendue.
Vous appelez ça la vie !
Des trains qui n’arrivent pas.
Des bateaux qui n’abordent pas.
Une fenêtre aveugle.
Un téléphone ventriloque.
Un chien qui tourne en rond.
Des lettres effacées dans des tiroirs à double fond,
Des cahutes en loques au fond des jardins muets.
Des avis de décès.
Et les soirs à la bougie dans l’orbite du vide.
La ballade des enfants tristes se joue seul à seul.
Et les oiseaux de papier sombrent dans le fleuve des astres en allés.
Vous appelez ! vous appelez !
La ballade est finie Qui se jouait sur le mur de la vie.

Jacques CRICKILLON

La petite fille

Si vous n’avez pas peur, je vous conduirai au ciel, dit-elle. C’était une pauvre petite fille aux immenses yeux limpides. Elle habitait une rue en pente, étroite, bordée de maisons lourdes, hautes, noires. Il vit que les murs craquaient de partout, et ne fut pas surpris par la pâleur des habitants. Les hommes, deux par deux, grimpaient, la tête basse, et se quittaient en échangeant un signe à peine perceptible devant les seuils de pierre grise. On entendait parfois une plainte de femme, vite étouffée. La petite fille avait ralenti le pas. Son maintien, sa démarche, son profil respiraient une sagesse étrange, un peu inquiétante. Il n’osait lui demander son âge, lorsqu’elle murmura : « Je suis très vieille, vous savez, j’ai dix ans. » Elle ne devait pas s’attendre à ce qu’il esquisse un sourire, car elle ajouta : « Vous ignorez ce que dix ans signifient dans la rue, je suis plus âgée que le chat. » Il éprouva sans se l’avouer une sorte de respect timide. Elle le précédait de quelques pas maintenant et semblait, la tête levée, chercher à découvrir quelque chose entre les corniches rapprochées, très haut, au fond du ciel. Il la rejoignit et se pencha vers elle. Elle se hâta de détourner le visage, pas assez vite cependant pour éviter qu’il surprenne deux larmes d’un bleu vif en équilibre sur ses pommettes transparentes.

Jean-Claude PIROTTE

Pense à la folie
si jolie,
si polie
de l’homme qui se donne la peine
d’écrire un poème…
et de la garder.

Pense à la candeur de cet homme -
qui pourrait jouer aux cartes,
boire,
danser,
aller au cinéma -
et qui se donne la peine
d’écrire un poème.

Pense à la patience de ce brave homme,
qui ne sait même pas
si ses contemporains
voudront croire à son talent,
et qui prend la peine,
quand même,
d’écrire son poème.

Pense à la folie,
à la manie
si douce de cet homme,
qui n’est peut-être pas même
approuvé par sa femme,
et qui, s’il l’était,
pourrait bien s’en attrister.

Pense à lui
qui croit à la poésie,
qui en a fait son amie
et qui peut-être,
à cause d’elle,
va perdre sa place
au ministère.

Pense à lui
qui se donne la peine
de faire un poème,
aujourd’hui !…
et d’en souffrir.

Constant BURNIAUX



Modifié par LECHE le 10/12/2025 12:54
LECHE
 Posté le 10/12/2025 à 14:13 
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Petit astucien

Guerrier des Andes

Souffle rouge dans la nuit

L’écho persiste



Modifié par LECHE le 10/12/2025 14:14
LECHE
 Posté le 10/12/2025 à 16:27 
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Petit astucien

C'est l'automne

"La couleur verte
tremble
entre les mains
de l’automne
La mort maquille
les feuilles
pour leurs noces
avec le givre
Un silence très ancien
se loge
dans la lumière
qui se tait
et le Temps jette
les heures insouciantes
dans un feu sans mémoire "

Kamal Zerdou

voir ici



Modifié par LECHE le 10/12/2025 16:31
LECHE
 Posté le 11/12/2025 à 11:32 
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Petit astucien

Le mal dont j'ai souffert s'est enfui comme un rêve.

Je n'en puis comparer le lointain souvenir

Qu'à ces brouillards légers que l'aurore soulève

Et qu'avec la rosée on voit s'évanouir.

Musset



Modifié par LECHE le 11/12/2025 12:13
LECHE
 Posté le 12/12/2025 à 08:15 
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Petit astucien

Spleen

Il m'arrive de penser à des amis que j'avais jadis sur pcastuces il y a longtemps comme Kelko, Clint62, JPdu34, malka63, chrifleur, ,TX, etc.......qui ont quitté le forum pour de multiples raisons

Et leur absence me fait penser à ces vers de Victor Hugo dans son poème Oceano Nox

On demande : - Où sont-ils ? sont-ils rois dans quelque île ?
Nous ont-ils délaissés pour un bord plus fertile ? -
Puis votre souvenir même est enseveli.
Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire.
Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire,
Sur le sombre océan jette le sombre oubli.

Marie-louise
 Posté le 12/12/2025 à 08:50 
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Petite astucienne

Cela me fait penser à Lamartine:

.

Et quand je dis en moi-même :

Où sont ceux que ton cœur aime ?

Je regarde le gazon.



Modifié par Marie-louise le 12/12/2025 09:27
LECHE
 Posté le 12/12/2025 à 09:03 
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Petit astucien

C'est ce qu'on peut appeler un gazon maudit

plus sérieusement, un Haïku

Sous l’herbe ils dorment,

Le vent murmure leurs noms

Paix en terre verte.



Modifié par LECHE le 12/12/2025 09:04
LECHE
 Posté le 12/12/2025 à 12:13 
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Petit astucien

Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,
Un air très vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets.

Or, chaque fois que je viens à l’entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit :
C’est sous Louis treize ; et je crois voir s’étendre
Un coteau vert, que le couchant jaunit,

Puis un château de brique à coins de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
Ceint de grands parcs, avec une rivière
Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs ;

Puis une dame, à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
Que, dans une autre existence peut-être,
J’ai déjà vue… – et dont je me souviens !

Gérard de Nerval

LECHE
 Posté le 13/12/2025 à 11:28 
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Petit astucien

Je ne connaissais pas bien la poésie Belge , c'est une lacune

La place

La jeunesse tombe du ciel
comme une fraise dans la bouche.

Les colonnades s’amenuisent,
blanches volutes
jusqu’au ciel où débarquent
d’anciens amis
sur le pavé d’aventurine.

Les bras chargés de jours,
ils vont partir sans te connaître
ils vont mourir sans t’appeler
sous la voûte.

Écroulement, palais sonore,
l’eau sourde enveloppe ton corps.
À l’oreille un collier de bulles,
à la gorge un nœud de caresses

descendent dans l’ombre de la mer.

Il reste un galet sur le sable,
un regard d’amant sur le monde,
deux pigeons bleus au bord du gouffre
et ce goût de charbon qui présage l’hiver.


Le dernier port de Maurice MAETERLINCK

(Chanson de fou)


Encore un printemps mort,
Encore un an qui fuit…
Nous entrerons au port
Quand tombera la nuit.

Nous entrerons au port
Quand nous n’y verrons plus.
Nous y serons encore
Quand nous ne serons plus…

Ceux qui l’avaient cherché
Ne l’ont pas encore vu…
Ils n’avaient rien trouvé,
Ils avaient tout perdu…

Ils trouveront ici
Ce qu’ils cherchaient encore
Et dans l’eau de la mort
Ils sombreront aussi…

Encore un jour de carlo Masoni

Encore un jour d’eau fraîche qui commence
Sur l’herbe bleue des heures à faucher.
Encore un jour qui paye redevance
Pour mériter ses raisons d’espérer.

Encore un jour à semer la semence,
À féconder le doux limon du corps.
Encore un jour à miser sur la chance.
Encore un jour à défier le sort.

Encore un jour à se trouver soi-même,
À se connaître à soi-même étranger.
Encore un jour où rien ne vaut qu’on aime
Puisqu’il faut bien tout amour dénouer.

Encore un jour à compter les étoiles
Sans bruit tombant de ce soir à demain.
Encore un jour où l’on met à la voile :
Ho hisse et ho ! ce port n’est plus le mien.

Encore un jour à souffrir ses blessures,
Encore un jour de bois sec à brûler,
Encore un jour de sang et d’aventure,
Un jour encore… et tout va commencer.

Prometteurs de beaux jours (-Albert AIGUESPARSE)


Quelque part dans les rues d’un faubourg d’Europe
des soldats tristes dessinent dans le sang
les nouvelles images de la vie
Autour d’eux
des enfants aux gros yeux mouillés de lumière
regardent ces lourds souliers cloutés
ces mains tatouées de poussière
À l’heure où les hommes rentrent chez eux
par les portes obliques du sommeil
l’odeur des boucheries rôde près des masures
et quelqu’un crie
qu’on va manger la soupe
pour que ce soit bien un jour comme les autres

Derniers vivants
l’amour aussi va prendre fin
et la patience de l’aube au pied des charrues
et les villes où tout recommence
Les pierres usent doucement l’éternité
Les arbres oublient la terre
Les villages voguent sur un cyclone de prières
mais toutes ces choses n’en ont plus pour longtemps



Les rêves Fous ( Paul Geraldy )

Je suis en deuil de rêves morts

Je suis en deuil de rêves morts,
Je suis en grand deuil de mes rêves
À la dérive sur les grèves,
À la dérive loin des ports.

Blancs nénuphars des eaux moroses
Et lys tombés de vierges mains,
Lauriers austères, folles roses,
Fleurs mortes de mes rêves vains !

Des poisons sont tombés des astres,
Des poisons sur mes frêles fleurs
À la dérive, sous les astres,
À la dérive, frêles fleurs !

LECHE
 Posté le 14/12/2025 à 10:14 
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Petit astucien

Hello

Pedro Salinas:

" La poésie est une aventure vers l'absolu "



Modifié par LECHE le 28/03/2026 10:09
LECHE
 Posté le 28/03/2026 à 10:15 
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Petit astucien

bonjour

Magnifique poème d'Aragon:

Sur le
Pont
Neuf j'ai rencontré
D'où sort cette chanson lointaine
D'une péniche mal ancrée
Ou du métro
Samaritaine

Sur le
Pont
Neuf j'ai rencontré
Sans chien sans canne sans pancarte
Pitié pour les désespérés
Devant qui la foule s'écarte

Sur le
Pont
Neuf j'ai rencontré
L'ancienne image de moi-même
Qui n'avait d'yeux que pour pleurer
De bouche que pour le blasphème

Sur le
Pont
Neuf j'ai rencontré
Cette pitoyable apparence
Ce mendiant accaparé
Du seul souci de sa souffrance

Sur le
Pont
Neuf j'ai rencontré
Fumée aujourd'hui comme alors
Celui -que je fus à l'orée
Celui que je fus à l'aurore

Sur le
Pont
Neuf j'ai rencontré
Semblance d'avant que je naisse

Cet enfant toujours effaré
Le fantôme de ma jeunesse

Sur le
Pont
Neuf j'ai rencontré
Vingt ans l'empire des mensonges
L'espace d'un miserere
Ce gamin qui n'était que songes

Sur le
Pont
Neuf j'ai rencontré
Ce jeune homme et ses bras déserts
Ses lèvres de vent dévorées
Disant les airs qui le grisèrent

Sur le
Pont
Neuf j'ai rencontré
Baladin du ciel et du cœur
Son front pur et ses goûts outrés
Dans le cri noir des remorqueurs

Sur le
Pont
Neuf j'ai rencontré
Le joueur qui brûla son âme
Comme une colombe égarée
Entre les tours de
Notre-Dame

Sur le
Pont
Neuf j'ai rencontré
Ce spectre de moi qui commence
La ville à l'aval est dorée À l'amont se meurt la romance

Sur le
Pont
Neuf j'ai rencontré
Ce pauvre petit mon pareil
Il m'a sur la
Seine montré
Au loin des taches de soleil

Sur le
Pont
Neuf j'ai rencontré
Mon autre au loin ma mascarade
Et dans le jour décoloré
Il m'a dit tout bas
Camarade

Sur le
Pont
Neuf j'ai rencontré
Mon double ignorant et crédule
Et je suis longtemps demeuré
Dans ma propre ombre qui recule

Sur le
Pont
Neuf j'ai rencontré
Assis à l'usure des pierres
Le refrain que j'ai murmuré
Le rêve qui fut ma lumière

Aveugle aveugle rencontré
Passant avec tes regards veufs
O mon passé désemparé
Sur le
Pont
Neuf

LECHE
 Posté le 29/03/2026 à 09:53 
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Petit astucien

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Victor Hugo

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