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 PLATINI, du ballon aux magouilles
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Prisca71
  Posté le 01/07/2020 @ 06:54 
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Petite astucienne

Bonjour

https://www.mediapart.fr/journal/france/300620/affaire-platini-des-ecoutes-et-un-rendez-vous-impliquent-emmanuel-macron?xtor=CS7-1046&utm_content=buffer005b6&utm_medium=social&utm_source=Facebook_Page&utm_campaign=CM&fbclid=IwAR1qzL8ZTbFyuokpr9WMPU65ZmtPrO_XP0RgCcLxEKkBXffWbSiYsDVubIE

Une affaire, deux présidents de la République.

Après Nicolas Sarkozy, c’est au tour d’Emmanuel Macron d’être cité dans l’affaire Platini, mais dans un tout autre rôle. D’après des écoutes et des rapports de synthèse judiciaires, Michel Platini a affirmé en 2019 au téléphone qu’Emmanuel Macron s’était engagé à l’« aider » judiciairement et qu’il était en contact avec le « responsable des sports » à l’Élysée à ce sujet.

Selon d’autres informations de Mediapart, Michel Platini avait déjà discuté, en mars 2018, de ses déboires judiciaires avec le président Macron lors d’un rendez-vous confidentiel à la présidence, d’après l’organisateur de l'entrevue, le journaliste Jacques Vendroux. Interrogé, l’Élysée dément que ce sujet ait été abordé.

L’ancien numéro 10 des Bleus est mis en cause par la justice française dans une affaire de corruption concernant l’attribution de la Coupe du monde 2022 au Qatar et tentait à l’époque de convaincre le parquet de Paris de mener une enquête sur la façon dont il aurait été dénoncé à la justice suisse par la Fifa.

Certaines de ces découvertes, qui bruissent depuis des mois dans une partie de l’appareil judiciaire, viennent une nouvelle fois jeter une lumière froide sur les rapports que la présidence de la République entretient avec l’idée même d’indépendance de la justice, notamment après la révélation par Mediapart des conditions du classement de l’affaire Kohler suite à une intervention élyséenne.


Déjà, en novembre 2019, six mois après une garde à vue de Platini dans l’enquête sur l’attribution de la Coupe du monde au Qatar en 2022, une intervention publique du président de la République, diffusée sur RTL n’avait pas manqué de surprendre : Emmanuel Macron avait manifesté de façon très appuyée son « amitié » à Michel Platini, et expliqué qu’il comprenait « le sentiment d’injustice » que ressentait la légende du foot tricolore face à ses démêlés judiciaires.

Au beau milieu d’une enquête pénale, une telle déclaration ne pouvait qu’interroger de la part de celui que la Constitution et son article 64 consacrent comme le garant de l’indépendance de la justice.

Au vu des éléments que Mediapart est en mesure de révéler aujourd’hui, cette intervention prend désormais une tout autre dimension.

Les derniers développements de l’affaire Platini sont d’autant plus embarrassants que le nom d’un haut magistrat en poste à la Cour de cassation, Michel Debacq, proche d’Emmanuel Macron, apparaît dans les mêmes écoutes comme s’étant personnellement impliqué dans le dossier alors qu’il n’en était pas chargé.

Cette affaire ultra-sensible semble embarrasser au plus haut point la haute hiérarchie judiciaire. La procureure générale de Paris, Catherine Champrenault, a confirmé avoir été informée en juin 2019 du contenu des écoutes par le Parquet national financier (PNF) avant de faire un « signalement » à al Direction des services judiciaires du ministère de la justice, aux fins d’enquête disciplinaire.

De son côté, le procureur national financier, Jean-François Bohnert, a indiqué qu’aucune enquête pénale n’avait été ouverte, au motif que les faits avaient déjà été signalés administrativement à la Chancellerie.

Sollicité par Mediapart, l’avocat général Michel Debacq déclare qu’il a rencontré Michel Platini à trois reprises « à titre toujours amical » et estime que le sujet relève de sa « vie privée ».

Les éléments à la disposition de la justice montrent que bien des discussions ont eu lieu en coulisses ces deux dernières années entre l’Élysée, Michel Platini, le magistrat Michel Debacq et toute une cohorte d’intermédiaires. L’ex-joueur voulait affaiblir l’enquête pénale qui le vise, préparer son retour dans les instances internationales et amorcer une contre-attaque judiciaire via une plainte déposée à Paris.

Une bonne part de tout ceci serait restée dans l’ombre sans les croisements effectués dans plusieurs dossiers judiciaires, notamment grâce aux écoutes téléphoniques qui les parsèment. Tous les éléments figurent désormais au dossier d’instruction de l’affaire Qatar 2022.

Récit, en trois chapitres, de cette nouvelle affaire Macron-Platini dans l’affaire Sarkozy-Platini.

I. La rencontre Macron-Platini qui embarrasse l’Élysée


Tout commence le 25 septembre 2015. Quatre mois après le célèbre raid judiciaire visant les dirigeants et siège de la Fifa à Zurich, le ministère public de la confédération (MPC), le parquet fédéral suisse, ouvre une enquête visant Michel Platini, alors président de l’UEFA, et le président de la Fifa Sepp Blatter, dans l’affaire dite du « paiement différé ». Dans la foulée, les deux hommes sont bannis pour huit ans par le comité d’éthique de la Fifa.

En janvier 2011, Sepp Blatter avait accepté, à la demande de Platini, que la Fifa lui verse 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros). Les deux hommes ont affirmé qu’il s’agissait d’un complément de rémunération lié au travail de Platini lorsqu’il était conseiller de Blatter à la Fifa, entre 1998 et 2002, et qui avait fait l’objet d’un simple « accord oral ».

L’argument n’a pas convaincu le Tribunal arbitral du sport (TAS), vu l’absence de contrat écrit et le fait que Platini a attendu neuf ans pour réclamer son dû. Le timing interpelle d’autant plus que Platini a envoyé la facture un mois après l’attribution par la Fifa du Mondial 2022 au Qatar, miné par les soupçons de corruption. En mai 2016, le TAS abaisse la suspension à quatre ans, mais confirme la sanction disciplinaire de Platini, pour obtention d’un avantage indu et « conflit d’intérêts ».

Michel Platini doit démissionner de l’UEFA et renoncer à se présenter à l’élection de 2016 pour la présidence de la Fifa. Depuis, il ne cesse de dénoncer un « complot » ourdi par Sepp Blatter, qu’il accuse d’avoir dénoncé les faits à la justice suisse pour l’empêcher de lui succéder à la tête de la fédération internationale.

Ses déboires se poursuivent l’année suivante. En juillet 2017, le tribunal fédéral suisse confirme le verdict du TAS. Et un nouveau front judiciaire s’ouvre en France. En décembre 2017, Michel Platini est perquisitionné et auditionné comme suspect dans le cadre de l’enquête préliminaire pour « corruption » menée par le Parquet national financier (PNF) sur l’attribution du Mondial 2022.

Jacques Vendroux, journaliste sportif à Radio France, est un ami de longue date de Michel Platini.
Trois mois plus tard, l’ancien patron de l’UEFA a obtenu un rendez-vous très discret avec Emmanuel Macron. Selon nos informations, Platini a été reçu par le président le 8 mars 2018, en compagnie de son ami journaliste Jacques Vendroux, alors chef du service des sports de Radio France. Curieusement, ce rendez-vous ne figurait pas à l’agenda officiel du président.


Interrogé sur les raisons de cette rencontre, Jacques Vendroux s’est dans un premier temps refusé à tout commentaire, indiquant que le sujet relevait de sa « vie privée ». Il nous a finalement rappelés le lendemain pour confirmer la tenue du rendez-vous, pendant une trentaine de minutes, dans un salon attenant au bureau d’Emmanuel Macron.

« Ami » de Michel Platini, mais aussi d’Emmanuel Macron, le journaliste déclare être l’organisateur de la rencontre : « Un jour j’ai dit à Michel : “Ce serait bien que tu rencontres Macron, il adore le foot.” J’ai organisé le rendez-vous. On a parlé de football, de la Juventus, de Saint-Étienne, de l’équipe de France, du titre de 84, du titre de 98. »

« C’était une conversation qui était très agréable, très sympa. Celle d’un président de la République qui avait envie de faire la connaissance d’un des meilleurs joueurs du monde, et Michel qui avait envie de faire la connaissance du plus jeune président de l’histoire de la Ve République, qui est un supporter de l’OM et qui, quelque part, l’aime bien, voilà parce qu’il aime le foot », ajoute-t-il.

Jacques Vendroux explique que les déboires judiciaires de Michel Platini n’étaient pas au cœur de la conversation. Mais confirme toutefois que le sujet a bien été abordé : « À un moment, le président lui a dit : “Vous en êtes où dans vos histoires ?” » Selon ses souvenirs, Michel Platini a ensuite fait « un résumé de la situation qui a duré 3/4 minutes ». Jacques Vendroux déclare ensuite : « Ça a duré 7/8 minutes, c’était très technique, je n’ai pas tout compris. »

Le journaliste insiste sur le fait que le « le président n’a jamais dit : “Je vais m’occuper de vous.” Jamais, jamais, jamais ». « Il n’a jamais dit : “Je vais vous aider.” Il a dit, je sais pas, peut-être qu’il a dit une phrase du style “Je vais voir”, mais Michel n’a rien demandé. Et le président n’a rien promis. J’y étais, j’étais témoin, j’étais dans le bureau », reprend-il.

L’Élysée dément « catégoriquement » ce récit. « Le président de la République, qui a de l’intérêt pour le football, a reçu le joueur de football, l’icône Michel Platini, mais en aucun cas le justiciable Michel Platini. Le président sait parfaitement qu’il ne peut pas évoquer le dossier individuel d’un justiciable », indique la présidence de la République à Mediapart.

Quant au fait que le rendez-vous n’ait pas été annoncé à l’agenda officiel, l’Élysée déclare qu’il n’y a « rien d’anormal » à cela : « Il ne faut pas y voir une volonté de dissimuler. Il s’agit d’un rendez-vous discret. Ce qui est courant en matière sportive, culturelle ou artistique », ajoute-t-on à la présidence.

Un mois après son entretien avec le président, Michel Platini reprend espoir. En mai 2018, son avocat suisse annonce au Monde avoir reçu une lettre du parquet fédéral suisse lui annonçant que l’enquête sur le « paiement différé » n’est « pas menée » contre Platini et qu’il « ne sera pas incriminé ».

La décision du MPC n’était manifestement pas définitive, puisqu’il a finalement poursuivi Michel Platini deux ans plus tard (voir plus bas). Mais l’ancien patron de l’UEFA pense à l’époque qu’il est pénalement blanchi.

La nouvelle est accueillie avec enthousiasme par Emmanuel Macron. Lors d’un entretien accordé le 10 juin 2018 dans l’émission « Téléfoot » sur TF1 (voir ci-dessous à partir 3'27), le présentateur Christian Jeanpierre demande au président de réagir au fait que Michel Platini « a été blanchi par la justice suisse la semaine dernière ». « Je m’en félicite, répond Emmanuel Macron. Et moi je souhaite qu’il reprenne toute sa place […], il a encore un rôle à jouer. »


En septembre 2018, l’avocat français de Michel Platini, William Bourdon, dépose plainte à Paris pour « dénonciation calomnieuse » et « association de malfaiteurs en vue de commettre le délit de dénonciation calomnieuse ». La plainte cible ceux que Platini soupçonne de l’avoir dénoncé : l’ancien président de la Fifa Sepp Blatter et son ex-directeur juridique, Marco Villiger. Les deux hommes ont démenti.

La plainte pose des problèmes juridiques. Certes, Platini avait à l’époque un courrier indiquant qu’il n’était pas poursuivi au pénal. Mais puisque sa suspension disciplinaire a été confirmée par la justice suisse dans la même affaire, il est difficile de reprocher à des cadres de la Fifa d’avoir alerté le parquet.

Par ailleurs, les faits se sont déroulés en Suisse. Ce qui pose un problème de compétence juridique de la France… à moins de démontrer que la justice helvète n’est pas impartiale. Platini en est persuadé. Il est conforté sur ce point par nos révélations de décembre 2018 issues des Football Leaks au sujet des rencontres secrètes entre le nouveau président de la Fifa Gianni Infantino et le patron du parquet fédéral suisse, désormais accusé de collusion avec la Fifa (lire ici et là).

Le parquet de Paris était manifestement conscient de ces difficultés. Une enquête préliminaire a été ouverte le 17 octobre 2018, mais Michel Platini n’a été auditionné comme plaignant par la police que huit mois plus tard, le 14 mai 2019. Cela ne lui suffit pas. Il veut que le parquet ouvre au plus vite une information judiciaire, confiée à un juge d’instruction indépendant. L’ancien taulier des Bleus aimerait que cette heureuse issue survienne d’ici la fin de ses quatre ans de suspension, le 8 octobre.

II. Le magistrat Michel Debacq dit « avoir fait ce qu’il fallait »


Michel Platini peut compter sur un de ses amis : Jean-Pierre Chanal, directeur général adjoint des services de la Ville de Marseille. Lequel a été placé sur écoutes par le PNF, dans le cadre d’une enquête judiciaire sur les pratiques douteuses de la mairie (lire ici).

C’est dans l’une de ses écoutes que les enquêteurs ont entendu, le 24 mai 2019, Michel Platini échanger avec Jean-Pierre Chanal au sujet du dossier.

« On a été entendus par l’inspecteur comme je te l’ai dit », annonce l’ancien footballeur, avant d’ajouter : « Le procureur, il dit on entendra les témoins que vous avez cités et puis après on prendra une décision pour savoir si on avance ou pas, si on… » « Si on ouvre une information judiciaire ou pas… », complète Chanal. Platini confirme : « Si on ouvre une information judiciaire, mais Bourdon il ne le sent pas trop […] motivé à ouvrir un truc. » Sollicité, l’avocat William Bourdon, qui assurait à l’époque la défense de M. Platini, a refusé de nous répondre car il est « tenu au secret professionnel ».

Michel Platini a été président de l'UEFA et vice-président de la Fifa
L’ancien capitaine de l’Équipe de France déclare alors à son ami marseillais : « Moi, j’ai envoyé un truc à l’Élysée en disant que le président il a dit qu’il m’aiderait. » « Ça serait bien qu’il le montre maintenant, hein », ajoute-t-il.

Dans la même conversation, Jean-Pierre Chanal propose aussi son aide : « Il faut que je fasse moi aussi de mon côté, hein ? » « Ouais de ton côté », lui répond Platini. Chanal obtempère : « Je vais cet après-midi même appeler Michel. »

« Michel » est un haut magistrat français. Pour assister son « copain » Platini, Jean-Pierre Chanal a sollicité Michel Debacq, avocat général à la Cour de cassation et ancien chef de la section antiterroriste du parquet de Paris.

Réunion le 21 avril 2017 au siège de campagne d'Emmanuel Macron, en présence de Michel Debacq
Classé à gauche – il a été au cabinet de l’ancienne ministre de la justice Christiane Taubira –, c’est aussi un proche d’Emmanuel Macron, dont il a soutenu la campagne en 2017. C’est également un homme de réseaux. Il est proche de la patronne du PNF de l’époque, Éliane Houlette. Dans une écoute judiciaire, il se vante d’avoir fait nommer en 2019 le patron du nouveau parquet national antiterroriste, Jean-François Ricard. C’est également Michel Debacq qui a sollicité l’avocat William Bourdon pour qu’il assure la défense de Michel Platini.


Jean-Pierre Chanal « est mon ami depuis près de quarante ans et, par son intermédiaire, j’ai fait la connaissance de Michel Platini, il y a environ trois ans », explique M. Debacq, qui ajoute : « À titre toujours amical, j’ai rencontré celui-ci à trois reprises à Paris, et la dernière fois, c’était l’occasion de me remettre son dernier livre, dédicacé. J’ai été ravi de lui recommander Me William Bourdon, qui est également un ami, pour l’aider dans les plaintes qu’il souhaitait. »

Le 28 mai, quatre jours après l’échange téléphonique, Jean-Pierre Chanal envoie un SMS à Michel Debacq pour lui donner des « nouvelles de son ami [Michel Platini] pour lequel William [Bourdon] est inquiet, craignant qu’on ne donne pas suite et lui demandant ce qu’il en pense », selon un PV de synthèse.

Le lendemain, le magazine suisse L’Illustré publie un article sur les soupçons de collusion entre la justice suisse et le président de la Fifa, Gianni Infantino. Ce qui donne l’occasion à Michel Platini, présenté dans l’article comme la victime « d’un habile coup monté », de relancer l’entourage d’Emmanuel Macron : « J’ai envoyé [l’article] à l’Élysée, j’ai envoyé au responsable des sports à l’Élysée. J’ai dit il serait temps de sauver le citoyen français », explique-t-il à Jean-Pierre Chanal le 29 mai.

Chanal lui répond qu’il a pour sa part adressé l’article à Michel Debacq, en lui disant qu’il y trouvera « toutes les bonnes raisons qui pourraient justifier une attitude offensive ». « C’est parti droit chez Michel [Debacq]. Contre-attaque, droit au but. […] J’ai fait lucarne », lance Chanal à Platini.

Trois jours plus tard, le 1er juin, Michel Debacq et Jean-Pierre Chanal échangent au téléphone. La veille, le haut magistrat a déjeuné avec l’avocat William Bourdon pour parler du dossier. Mais Michel Debacq a une mauvaise nouvelle pour son « ami » Chanal : « Je n’ai pas envie de suivre », lui annonce-t-il. Une décision que Chanal lui dit comprendre : « Oui ! […] Tu n’as pas envie de rentrer dedans bien entendu, faut pas. »

Michel Debacq précise alors que Michel Platini, ou l’un de ses proches, ne lui ont pas demandé « d’en faire plus ». Jean-Pierre Chanal l’interrompt : « Bien évidemment Michel, il n’est pas question de plus d’ailleurs. »

La suite de la conversation pourrait poser plus de problèmes au magistrat de la Cour de cassation. Car Michel Debacq déclare : « Bon, ceci dit, comme je lui avais dit, j’avais fait ce qu’il fallait il y a quelque temps. » « Je me souviens très bien ! », confirme Jean-Pierre Chanal. Avant que Michel Debacq ne déclare : « Mais ceci dit aussi, on ne va pas renouveler constamment, d’autant plus que les uns et les autres, tu as vu, ont quelques occupations. »

À quoi le magistrat faisait-il référence en déclarant avoir « fait ce qu’il fallait il y a quelque temps » ? Le parquet de Paris nous a répondu que « le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, n’a eu aucun échange avec une personne extérieure au parquet de Paris » au sujet de la procédure pour dénonciation calomnieuse initiée par Michel Platini. Sollicité, Michel Debacq n’a pas répondu sur ce point.

L’implication de Michel Debacq dans le dossier semble en tout cas suffisamment importante pour que Jean-Pierre Chanal l’évoque une nouvelle fois au téléphone, le 5 juin 2019, avec un autre de ses amis, qui connaît aussi Michel Platini.

« Ce qui m’inquiète éventuellement, ce serait que le procureur de Paris finalement considère qu’il n’y a pas suffisamment de charges dans le dossier pour véritablement ouvrir une information judiciaire », indique Jean-Pierre Chanal. Avant d’embrayer sur le rôle de Michel Debacq : « Mais bon Michel c’est pas lui le procureur, c’est pas l’avocat. Il a dit [qu’]il peut pas faire plus lui. Ce serait lui qui serait en poste, l’information serait déjà ouverte ! » Il ajoute que Michel Debacq ne « peut pas » s’être « investi plus qu’il ne l’a fait ».

En parallèle de l’enquête ouverte suite à la plainte de Michel Platini, un autre front judiciaire se fait de plus en plus menaçant en France. L’enquête préliminaire initiée par le Parquet national financier (PNF) pour des soupçons de corruption dans l’attribution de la Coupe du monde au Qatar en 2022 progresse à grands pas (lire nos enquêtes ici et là).

Michel Platini dans la nuit du 18 au 19 juin 2019, à la sortie de sa garde à vue dans les locaux de l'office anticorruption de la PJ à Nanterre. © AFP
Le 18 juin 2019 au matin, Michel Platini est placé en garde à vue dans les locaux de l’Office anti-corruption (OCLCIFF) de la police judiciaire, à Nanterre. Il n’en sortira qu’à une heure du matin.

Le lendemain, Michel Debacq écrit un SMS à Jean-Pierre Chanal : « Comment va notre ami ? […] Je t’embrasse. Michel. » Dix jours plus tard, les deux hommes critiquent les conditions de la garde à vue et le fait que Michel Platini ait été « descendu en geôles ». Michel Debacq « souligne alors que tout cela n’était pas professionnel et que la proximité avec la presse [qui a dévoilé la garde à vue dès le matin – ndlr] était scandaleuse », selon le PV des enquêteurs.

Jean-Pierre Chanal profite de l’occasion pour évoquer les mouvements au sein de la magistrature, et le départ à venir de la patronne du PNF Éliane Houlette, « pour lequel il se dit intéressé à titre personnel », selon les enquêteurs. Et pour cause : comme l’a révélé Mediapart, M. Chanal espérait à cette époque obtenir un arrangement afin de tenter de circonscrire les enquêtes du PNF sur la mairie de Marseille, qui le visent personnellement.

Michel Debacq lui répond alors qu’il lui en parlera lorsqu’ils se rencontreront, précisant qu’il a « plein de choses à lui dire ». Interrogé sur ces « choses à lui dire », le magistrat n’a pas répondu.

La fin de cette conversation « caractérise une proximité et un lien amical » entre Jean-Pierre Chanal et Michel Debacq, écrivent les enquêteurs, le premier proposant au second (ainsi qu’à son épouse et ses enfants) de leur organiser un séjour touristique à Marseille.

Michel Debacq continue à s’impliquer dans la défense de l’ancien président de l’UEFA. Début juillet 2019, Jean-Pierre Chanal lui fait passer un projet de lettre rédigé par l’avocat de Michel Platini, et destiné à être versé à l’une des deux procédures judiciaires. Au téléphone, Debacq et Chanal évoquent à nouveau l’importance de l’ouverture d’une information judiciaire pour dénonciation calomnieuse par le parquet de Paris, estimant que cela serait « bénéfique » pour Michel Platini dans l’affaire Qatar 2022.

Alerté du rôle de Michel Debacq dans le dossier Platini, le parquet général de Paris a confirmé à Mediapart avoir saisi, le 14 juin 2019, la Direction des services judiciaires du ministère concernant d’éventuels manquements déontologiques du magistrat.

III. Emmanuel Macron et le « sentiment d’injustice »


Le 28 octobre 2019, l’avocat de Michel Platini, William Bourdon, annonce au Monde que le parquet de Paris a finalement décidé de ne pas poursuivre l’enquête pour « dénonciation calomnieuse » initiée par Michel Platini, et de transmettre le dossier à la justice suisse. C’est une demi-victoire. Le parquet de Paris a refusé d’ouvrir l’information judiciaire que Michel Platini souhaitait tant, mais il n’a pas classé l’affaire et a saisi officiellement la justice helvète, ce qui donne davantage de poids à sa plainte.

Platini a-t-il bénéficié d’un traitement de faveur ? Interrogé, le parquet de Paris répond qu’il n’y a eu aucune interférence extérieure dans ce dossier, précisant qu’après réception de l’enquête menée par la police, « le parquet de Paris a, le 21 octobre 2019, dénoncé officiellement les faits aux autorités suisses en raison du domicile en Suisse des personnes mises en cause dans la plainte, de la commission des faits allégués de dénonciation calomnieuse sur le territoire suisse, des accusations portées contre le ministère public suisse ainsi que de la nécessaire appréciation de la dénonciation calomnieuse au regard des faits sur lesquels une enquête était en cours en Suisse ».

Coïncidence : une semaine plus tard, Michel Platini reçoit une étonnante marque de soutien d’Emmanuel Macron. L’ex-numéro 10 des Bleus était l’invité de RTL, dans le cadre de l’intense tournée médiatique organisée pour la fin de sa suspension et la publication de son livre. Quand soudain, le présentateur Thomas Sotto annonce que le « président » a quelque chose à lui dire.


Il diffuse alors à l’antenne de RTL un « petit message d’amitié » d’Emmanuel Macron à son « cher Michel, cher Platoche » : « Je sais que les dernières années ont été dures, que les blessures ont parfois été profondes, que le sentiment d’injustice aussi est là. Et au fond, j’avais un message, c’est ce message d’admirateur, ce message de remerciement, et ce message qui consiste à vous dire, vous avez encore plein de choses à apporter au football français et aux jeunes Français. […] Donc bravo, merci et revenez, ça me ferait plaisir. »

Alors même que Michel Platini est visé par une enquête de la justice française, le président de la République n’a donc pas hésité, au mépris de la séparation des pouvoirs, à dire publiquement qu’il comprenait son « sentiment d’injustice ». Cette déclaration est d’autant plus troublante au vu des écoutes judiciaires dans lesquelles Michel Platini affirmait, cinq mois plus tôt, qu’Emmanuel Macron avait promis de l’« aider ».

« Michel Platini a tort de dire cela. Ce n’est pas possible. Le président est le garant de l’indépendance de la justice », conteste l’Élysée, qui estime que l’intervention sur RTL était un « message d’amitié, sans volonté de peser sur le cours de la justice ».

Michel Platini a en tout cas enchaîné les revers judiciaires par la suite. En France, le PNF a ouvert le 20 janvier 2020 une information judiciaire dans l’affaire Qatar 2022, ce qui ouvre la voie à d’éventuelles mises en examen.

Dans le volet disciplinaire de l’affaire du « paiement différé », la Cour européenne des droits de l’homme a rejeté, le 5 mars, son ultime recours possible au sujet de sa suspension par la Fifa. « Au regard de la gravité des infractions commises, de la position élevée que M. Platini occupait au sein des instances de football et de la nécessité de rétablir la réputation de ce sport comme celle de la Fifa, la sanction infligée ne paraît ni excessive, ni arbitraire », a indiqué la CEDH dans un communiqué.

Dans le volet pénal de la même affaire du paiement différé, Michel Platini se croyait blanchi après que le parquet fédéral suisse lui avait écrit il y a deux ans qu’il n’était pas visé. Mais le même parquet a finalement décidé, le 5 juin dernier, de le poursuivre pour des soupçons de « complicité de gestion déloyale » et « faux dans les titres ».

Michel Platini a par ailleurs choisi de se séparer de Me William Bourdon, et de confier sa défense au célèbre avocat pénaliste Henri Leclerc et à son associée Frédérique Baulieu. Contacté via ses nouveaux conseils, Michel Platini n’a pas répondu.



Modifié par Prisca71 le 01/07/2020 06:54
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Jean_Aymard
 Posté le 01/07/2020 à 07:25 
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  Astucien

Bonjour

S'il fut un brillant footballeur Michel Platini n'en reste pas moins un sacré magouilleur.

Ce n'est pas la première fois qu'il est au centre de magouilles depuis qu'il a été nommé à l'UEFA.

Il est à l'image de Fillon et de nombreuses autres personnes qui ont du pouvoir.

Rogerd
 Posté le 01/07/2020 à 10:57 
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Petit astucien

Je confirme tout de suite que mon opinion (de footeux) n'est pas objective dans cette affaire.

Je voudrais simplement dire ce que j'en pense.

Michel Platini a été un super joueur, un garçon très sympathique, bref à des lieues de ce que l'on rencontre généralement dans les couloirs de la justice.

C'était aussi ce que, en terme péjoratif, on appelle un "footeux". Pour faire simple, son QI n'était pas sa principale qualité.

Après, et bien, ce type de garçon se fait beaucoup "d'amis" qui se font un plaisir de lui donner des "conseils". Surtout que c'est lui qui paye.

Je ne veux pas dire qu'il est innocent (au sens provençal du terme) mais quand on s'entend dire à longueur de journée qu'on est toujours le meilleur, le plus beau, (même après avoir quitté la pelouse depuis longtemps)

que ce que l'on dit est parole d'évangile, etc, etc on finit par le croire.

Surtout quand tout ça s'accompagne "d'invitations" de "petits cadeaux qui entretiennent l'amitié", là encore, etc, etc.

Pour moi, magouilleur n'est pas exactement le terme qui s'applique dans ce cas.

Ce qui, je l'admets toutefois, ne doit pas empêcher de rendre des comptes s'il y a lieu.

pétard77
 Posté le 01/07/2020 à 22:20 
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Astucien

Bonsoir

Quel que soit le domaine (de la politique au sport en passant par le spectacle, la finance et d'autres), à partir d'un certain niveau de relations et de responsabilités les règles du jeu changent. La compromission devient inévitable pour rester en place

Seuls les plus filous et les plus doués en la matière arrivent à tirer leur épingle du jeu.

Ceux qui se font prendre sont les mauvais de la classe.

Rogerd
 Posté le 01/07/2020 à 22:45 
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Petit astucien

"Ceux qui se font prendre sont les mauvais de la classe."

Et oui. Les mauvais en magouille.

On ne peut pas être bon partout.

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